Les six questions sont faites. Relisez maintenant avec le doigt : chaque réponse a sa phrase dans le texte.
תרגיל 1 מתוך 4
Texte
Presque tous les manuels d'économie s'ouvrent sur la même histoire, et elle vient d'Adam Smith. Avant la monnaie, dit-elle, les hommes échangeaient directement leurs produits. Le boulanger qui voulait de la viande devait trouver un boucher qui voulût du pain, au même moment et dans la même quantité, et cette rencontre improbable rendait tout commerce difficile. On aurait donc convenu d'un bien intermédiaire — un métal, parce qu'il se divise, se conserve et se transporte —, et la monnaie serait née de cette convention. L'histoire a une qualité rare : elle explique à la fois d'où vient la monnaie et à quoi elle sert, par la même phrase. C'est sans doute pourquoi deux siècles et demi ne l'ont pas usée.
Elle n'est pourtant appuyée sur aucune observation, et c'est ce qui a fini par se voir. Les anthropologues qui ont cherché la société du troc ne l'ont jamais trouvée. Caroline Humphrey l'a écrit sans précaution : aucun exemple d'économie de troc pur n'a jamais été décrit, et il n'existe aucune trace qu'une monnaie en soit sortie. Ce qu'on observe dans les sociétés sans monnaie est autre chose, et de forme opposée. On y donne sans compter le retour, on y tient une mémoire longue de ce que chacun doit à chacun, et cette dette peut se transmettre, s'annuler, se compenser, sans qu'aucun objet ne change de mains. Le boulanger et le boucher d'un même village n'échangent pas : ils se doivent. L'anthropologue David Graeber en a tiré une thèse renversée — le crédit précède la monnaie, et la dette est de beaucoup la plus ancienne des trois.
Restait à dire d'où vient alors la monnaie, et l'histoire des premières pièces frappées a fourni une réponse qui n'a rien de commercial. Elles apparaissent en Asie Mineure puis en Grèce, dans des cités qui entretiennent des soldats, et elles servent d'abord à les payer. Un souverain qui frappe des pièces, les verse à son armée, puis exige que l'impôt lui soit rendu dans ces mêmes pièces, oblige toute sa population à en obtenir : il crée d'un seul geste une demande pour son propre métal et un marché pour nourrir ses troupes. La monnaie n'aurait donc pas été inventée pour faciliter l'échange entre deux particuliers, mais pour financer la guerre et lever l'impôt. Cette explication, qu'on appelle parfois la thèse militaire de la monnaie, a l'avantage de coïncider avec des faits datés, et l'inconvénient de ne rien dire des sociétés qui ont utilisé longtemps des monnaies sans État — coquillages, barres de sel, anneaux de cuivre — et qui n'entretenaient aucune armée.
Les historiens de la monnaie tiennent aujourd'hui les trois récits pour partiellement vrais et aucun pour l'origine. Le troc existe bel et bien : on l'observe entre gens qui ne se font pas confiance et ne se reverront pas, aux frontières entre communautés, et il réapparaît chaque fois qu'une monnaie s'effondre. Mais il apparaît alors après la monnaie, comme un pis-aller, et non avant elle comme un commencement ; l'ordre du récit de Smith est exactement retourné. La dette antérieure à la monnaie est solidement établie, mais elle n'explique pas pourquoi certaines sociétés ont fini par frapper du métal et d'autres jamais. Quant à la monnaie d'État, elle rend compte des pièces sans rendre compte des coquillages. Ce que la plupart admettent est donc décevant pour qui cherche une origine : la monnaie n'est pas une invention mais un nom que nous donnons à des objets très différents, qui font tantôt le compte des dettes, tantôt le paiement des soldats, tantôt le règlement entre étrangers. Le récit de Smith survit, non parce qu'il serait exact, mais parce qu'il n'a jamais eu pour fonction de l'être : c'est une expérience de pensée, faite pour montrer ce que la monnaie fait, et qu'on a prise pour le récit de ce qu'elle a été.
לחצו על פריט מימין, ואז על בן-הזוג שלו משמאל
תרגיל 2 מתוך 4
Texte
Presque tous les manuels d'économie s'ouvrent sur la même histoire, et elle vient d'Adam Smith. Avant la monnaie, dit-elle, les hommes échangeaient directement leurs produits. Le boulanger qui voulait de la viande devait trouver un boucher qui voulût du pain, au même moment et dans la même quantité, et cette rencontre improbable rendait tout commerce difficile. On aurait donc convenu d'un bien intermédiaire — un métal, parce qu'il se divise, se conserve et se transporte —, et la monnaie serait née de cette convention. L'histoire a une qualité rare : elle explique à la fois d'où vient la monnaie et à quoi elle sert, par la même phrase. C'est sans doute pourquoi deux siècles et demi ne l'ont pas usée.
Elle n'est pourtant appuyée sur aucune observation, et c'est ce qui a fini par se voir. Les anthropologues qui ont cherché la société du troc ne l'ont jamais trouvée. Caroline Humphrey l'a écrit sans précaution : aucun exemple d'économie de troc pur n'a jamais été décrit, et il n'existe aucune trace qu'une monnaie en soit sortie. Ce qu'on observe dans les sociétés sans monnaie est autre chose, et de forme opposée. On y donne sans compter le retour, on y tient une mémoire longue de ce que chacun doit à chacun, et cette dette peut se transmettre, s'annuler, se compenser, sans qu'aucun objet ne change de mains. Le boulanger et le boucher d'un même village n'échangent pas : ils se doivent. L'anthropologue David Graeber en a tiré une thèse renversée — le crédit précède la monnaie, et la dette est de beaucoup la plus ancienne des trois.
Restait à dire d'où vient alors la monnaie, et l'histoire des premières pièces frappées a fourni une réponse qui n'a rien de commercial. Elles apparaissent en Asie Mineure puis en Grèce, dans des cités qui entretiennent des soldats, et elles servent d'abord à les payer. Un souverain qui frappe des pièces, les verse à son armée, puis exige que l'impôt lui soit rendu dans ces mêmes pièces, oblige toute sa population à en obtenir : il crée d'un seul geste une demande pour son propre métal et un marché pour nourrir ses troupes. La monnaie n'aurait donc pas été inventée pour faciliter l'échange entre deux particuliers, mais pour financer la guerre et lever l'impôt. Cette explication, qu'on appelle parfois la thèse militaire de la monnaie, a l'avantage de coïncider avec des faits datés, et l'inconvénient de ne rien dire des sociétés qui ont utilisé longtemps des monnaies sans État — coquillages, barres de sel, anneaux de cuivre — et qui n'entretenaient aucune armée.
Les historiens de la monnaie tiennent aujourd'hui les trois récits pour partiellement vrais et aucun pour l'origine. Le troc existe bel et bien : on l'observe entre gens qui ne se font pas confiance et ne se reverront pas, aux frontières entre communautés, et il réapparaît chaque fois qu'une monnaie s'effondre. Mais il apparaît alors après la monnaie, comme un pis-aller, et non avant elle comme un commencement ; l'ordre du récit de Smith est exactement retourné. La dette antérieure à la monnaie est solidement établie, mais elle n'explique pas pourquoi certaines sociétés ont fini par frapper du métal et d'autres jamais. Quant à la monnaie d'État, elle rend compte des pièces sans rendre compte des coquillages. Ce que la plupart admettent est donc décevant pour qui cherche une origine : la monnaie n'est pas une invention mais un nom que nous donnons à des objets très différents, qui font tantôt le compte des dettes, tantôt le paiement des soldats, tantôt le règlement entre étrangers. Le récit de Smith survit, non parce qu'il serait exact, mais parce qu'il n'a jamais eu pour fonction de l'être : c'est une expérience de pensée, faite pour montrer ce que la monnaie fait, et qu'on a prise pour le récit de ce qu'elle a été.
תרגיל 3 מתוך 4
Texte
Presque tous les manuels d'économie s'ouvrent sur la même histoire, et elle vient d'Adam Smith. Avant la monnaie, dit-elle, les hommes échangeaient directement leurs produits. Le boulanger qui voulait de la viande devait trouver un boucher qui voulût du pain, au même moment et dans la même quantité, et cette rencontre improbable rendait tout commerce difficile. On aurait donc convenu d'un bien intermédiaire — un métal, parce qu'il se divise, se conserve et se transporte —, et la monnaie serait née de cette convention. L'histoire a une qualité rare : elle explique à la fois d'où vient la monnaie et à quoi elle sert, par la même phrase. C'est sans doute pourquoi deux siècles et demi ne l'ont pas usée.
Elle n'est pourtant appuyée sur aucune observation, et c'est ce qui a fini par se voir. Les anthropologues qui ont cherché la société du troc ne l'ont jamais trouvée. Caroline Humphrey l'a écrit sans précaution : aucun exemple d'économie de troc pur n'a jamais été décrit, et il n'existe aucune trace qu'une monnaie en soit sortie. Ce qu'on observe dans les sociétés sans monnaie est autre chose, et de forme opposée. On y donne sans compter le retour, on y tient une mémoire longue de ce que chacun doit à chacun, et cette dette peut se transmettre, s'annuler, se compenser, sans qu'aucun objet ne change de mains. Le boulanger et le boucher d'un même village n'échangent pas : ils se doivent. L'anthropologue David Graeber en a tiré une thèse renversée — le crédit précède la monnaie, et la dette est de beaucoup la plus ancienne des trois.
Restait à dire d'où vient alors la monnaie, et l'histoire des premières pièces frappées a fourni une réponse qui n'a rien de commercial. Elles apparaissent en Asie Mineure puis en Grèce, dans des cités qui entretiennent des soldats, et elles servent d'abord à les payer. Un souverain qui frappe des pièces, les verse à son armée, puis exige que l'impôt lui soit rendu dans ces mêmes pièces, oblige toute sa population à en obtenir : il crée d'un seul geste une demande pour son propre métal et un marché pour nourrir ses troupes. La monnaie n'aurait donc pas été inventée pour faciliter l'échange entre deux particuliers, mais pour financer la guerre et lever l'impôt. Cette explication, qu'on appelle parfois la thèse militaire de la monnaie, a l'avantage de coïncider avec des faits datés, et l'inconvénient de ne rien dire des sociétés qui ont utilisé longtemps des monnaies sans État — coquillages, barres de sel, anneaux de cuivre — et qui n'entretenaient aucune armée.
Les historiens de la monnaie tiennent aujourd'hui les trois récits pour partiellement vrais et aucun pour l'origine. Le troc existe bel et bien : on l'observe entre gens qui ne se font pas confiance et ne se reverront pas, aux frontières entre communautés, et il réapparaît chaque fois qu'une monnaie s'effondre. Mais il apparaît alors après la monnaie, comme un pis-aller, et non avant elle comme un commencement ; l'ordre du récit de Smith est exactement retourné. La dette antérieure à la monnaie est solidement établie, mais elle n'explique pas pourquoi certaines sociétés ont fini par frapper du métal et d'autres jamais. Quant à la monnaie d'État, elle rend compte des pièces sans rendre compte des coquillages. Ce que la plupart admettent est donc décevant pour qui cherche une origine : la monnaie n'est pas une invention mais un nom que nous donnons à des objets très différents, qui font tantôt le compte des dettes, tantôt le paiement des soldats, tantôt le règlement entre étrangers. Le récit de Smith survit, non parce qu'il serait exact, mais parce qu'il n'a jamais eu pour fonction de l'être : c'est une expérience de pensée, faite pour montrer ce que la monnaie fait, et qu'on a prise pour le récit de ce qu'elle a été.
גררו כל כרטיס אל הקטגוריה שלו, או הקישו על הקטגוריה
6 נותרו
תרגיל 4 מתוך 4
Texte
Presque tous les manuels d'économie s'ouvrent sur la même histoire, et elle vient d'Adam Smith. Avant la monnaie, dit-elle, les hommes échangeaient directement leurs produits. Le boulanger qui voulait de la viande devait trouver un boucher qui voulût du pain, au même moment et dans la même quantité, et cette rencontre improbable rendait tout commerce difficile. On aurait donc convenu d'un bien intermédiaire — un métal, parce qu'il se divise, se conserve et se transporte —, et la monnaie serait née de cette convention. L'histoire a une qualité rare : elle explique à la fois d'où vient la monnaie et à quoi elle sert, par la même phrase. C'est sans doute pourquoi deux siècles et demi ne l'ont pas usée.
Elle n'est pourtant appuyée sur aucune observation, et c'est ce qui a fini par se voir. Les anthropologues qui ont cherché la société du troc ne l'ont jamais trouvée. Caroline Humphrey l'a écrit sans précaution : aucun exemple d'économie de troc pur n'a jamais été décrit, et il n'existe aucune trace qu'une monnaie en soit sortie. Ce qu'on observe dans les sociétés sans monnaie est autre chose, et de forme opposée. On y donne sans compter le retour, on y tient une mémoire longue de ce que chacun doit à chacun, et cette dette peut se transmettre, s'annuler, se compenser, sans qu'aucun objet ne change de mains. Le boulanger et le boucher d'un même village n'échangent pas : ils se doivent. L'anthropologue David Graeber en a tiré une thèse renversée — le crédit précède la monnaie, et la dette est de beaucoup la plus ancienne des trois.
Restait à dire d'où vient alors la monnaie, et l'histoire des premières pièces frappées a fourni une réponse qui n'a rien de commercial. Elles apparaissent en Asie Mineure puis en Grèce, dans des cités qui entretiennent des soldats, et elles servent d'abord à les payer. Un souverain qui frappe des pièces, les verse à son armée, puis exige que l'impôt lui soit rendu dans ces mêmes pièces, oblige toute sa population à en obtenir : il crée d'un seul geste une demande pour son propre métal et un marché pour nourrir ses troupes. La monnaie n'aurait donc pas été inventée pour faciliter l'échange entre deux particuliers, mais pour financer la guerre et lever l'impôt. Cette explication, qu'on appelle parfois la thèse militaire de la monnaie, a l'avantage de coïncider avec des faits datés, et l'inconvénient de ne rien dire des sociétés qui ont utilisé longtemps des monnaies sans État — coquillages, barres de sel, anneaux de cuivre — et qui n'entretenaient aucune armée.
Les historiens de la monnaie tiennent aujourd'hui les trois récits pour partiellement vrais et aucun pour l'origine. Le troc existe bel et bien : on l'observe entre gens qui ne se font pas confiance et ne se reverront pas, aux frontières entre communautés, et il réapparaît chaque fois qu'une monnaie s'effondre. Mais il apparaît alors après la monnaie, comme un pis-aller, et non avant elle comme un commencement ; l'ordre du récit de Smith est exactement retourné. La dette antérieure à la monnaie est solidement établie, mais elle n'explique pas pourquoi certaines sociétés ont fini par frapper du métal et d'autres jamais. Quant à la monnaie d'État, elle rend compte des pièces sans rendre compte des coquillages. Ce que la plupart admettent est donc décevant pour qui cherche une origine : la monnaie n'est pas une invention mais un nom que nous donnons à des objets très différents, qui font tantôt le compte des dettes, tantôt le paiement des soldats, tantôt le règlement entre étrangers. Le récit de Smith survit, non parce qu'il serait exact, mais parce qu'il n'a jamais eu pour fonction de l'être : c'est une expérience de pensée, faite pour montrer ce que la monnaie fait, et qu'on a prise pour le récit de ce qu'elle a été.
עוד אין תרגיל פתור בשלב הזה.
- נקודות
- 0
- תשובות נכונות
- 0
- לחזרה היומית
- 0
בשלב הבא Texte