Les binyanim de l'hébreu : les sept schèmes du verbe

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Un verbe hébreu se construit avec deux pièces. La première est la racine (שׁוֹרֶשׁ), le plus souvent trois consonnes qui portent le sens : ל.ב.שׁ parle de vêtement, כ.ת.ב d'écriture. La seconde est le binyan (בִּנְיָן, au pluriel בִּנְיָנִים), un moule de voyelles, de préfixes et de suffixes dans lequel on verse la racine. Chaque binyan a sa propre conjugaison, et il porte une partie du sens. Un verbe garde son binyan à tous les temps : כּוֹתֵב (il écrit) et כָּתַב (il a écrit) sont tous deux en paal.

La même racine change donc de sens en changeant de binyan. Avec ל.ב.שׁ, l'oulpan d'elev montre trois verbes au présent :

L'hébreu a sept binyanim. Cinq forment le cœur du verbe : paal, piel, hifil, nifal et hitpael. Les deux autres, poual et houfal, sont les passifs de piel et de hifil, et le nifal sert aussi de passif au paal. Ce guide les prend un par un. Pour chacun : ce qu'il dit, une racine conjuguée à la troisième personne du masculin singulier (« il ») au présent, au passé et au futur, avec l'infinitif quand le binyan en a un, puis cinq verbes courants, et le niveau de l'oulpan d'elev où on l'apprend.

Les formes hébraïques de ce guide viennent des leçons de l'oulpan d'elev. Elles sont écrites avec le nikud, les voyelles, en orthographe pleine : on ajoute des voyelles, on ne change pas les lettres, comme dans l'hébreu que vous lirez partout ailleurs.

Paal (פָּעַל)

Ce qu'il dit. C'est le binyan de base, celui des verbes les plus fréquents : écrire, manger, aller, penser. On l'appelle aussi קַל (kal), « le léger ».

Comment il se conjugue. Au présent, aucun préfixe : la racine reçoit un o après sa première lettre. Le présent n'a que quatre formes, selon le genre et le nombre, et aucune selon la personne : כּוֹתֵב (masculin singulier), כּוֹתֶבֶת (féminin singulier), כּוֹתְבִים (masculin pluriel), כּוֹתְבוֹת (féminin pluriel). Au masculin, je, tu et il disent tous כּוֹתֵב.

Au passé, la personne s'entend à la fin du mot : כָּתַבְתִי (j'ai écrit), כָּתַב (il a écrit), כָּתְבָה (elle a écrit), כָּתְבוּ (ils ont écrit). Au futur, elle s'entend au début, par quatre lettres, א pour je, ת pour tu, elle et vous, י pour il et ils, נ pour nous : אֶכְתוֹב (j'écrirai), תִכְתוֹב (tu écriras), יִכְתוֹב (il écrira), נִכְתוֹב (nous écrirons).

La racine כ.ת.ב en paal :

Un piège du futur : certains verbes prennent un o (אֶכְתוֹב), d'autres un a (אֶלְמַד, j'apprendrai). Rien ne permet de le deviner : on l'apprend avec le verbe.

Cinq verbes courants, avec leur infinitif et leur présent :

À l'oulpan d'elev. Le présent et le passé du paal sont au niveau א׳. Son futur est au niveau ב׳. Le passé et le futur des racines dites faibles, dont une lettre tombe ou change, sont au niveau ב׳ du parcours adultes et au niveau ג׳ du parcours jeunes.

Piel (פִּיעֵל)

Ce qu'il dit. Beaucoup de verbes de tous les jours, au travail, à la banque, au marché : parler, payer, chercher. Une même racine en paal et en piel donne souvent deux verbes voisins. L'oulpan prend l'exemple de la racine ל.מ.ד. En paal, לִלְמוֹד, c'est apprendre : l'élève reçoit. En piel, לְלַמֵּד, c'est enseigner : le professeur donne.

Comment il se conjugue. L'infinitif commence par לְ et porte un a puis un é, avec un redoublement de la deuxième lettre de la racine, que le nikud marque d'un point (le dagesh) : לְדַבֵּר (parler), לְסַפֵּר (raconter), לְבַקֵּשׁ (demander). Au présent, le לְ devient מְ, comme dans מְדַבֵּר (il parle). Au passé, un י apparaît après la première lettre : דִּיבֵּר (il a parlé), שִׁילֵּם (il a payé).

La racine ד.ב.ר en piel :

Quand la deuxième lettre de la racine est א (alef), ה (hé), ח ('het), ע (ayin) ou ר (rech), elle ne prend pas de dagesh. Avec les quatre premières, mais pas avec ר, le pluriel change aussi une voyelle : מְשַׂחֲקִים (ils jouent).

Cinq verbes courants :

Ces verbes s'apprennent avec leur préposition : on parle עִם quelqu'un, on demande מִquelqu'un, on raconte לְquelqu'un.

À l'oulpan d'elev. Le présent du piel est au niveau א׳ ; son passé et son futur au niveau ב׳.

Hifil (הִפְעִיל)

Ce qu'il dit. Souvent, faire faire : le hifil fait agir quelqu'un d'autre. לָבַשׁ, il a mis un vêtement ; הִלְבִּישׁ, il a habillé le bébé. אָכַל, il a mangé ; הֶאֱכִיל, il a fait manger. Beaucoup de verbes très fréquents sont aussi en hifil sans ce sens : commencer, arriver, comprendre.

Comment il se conjugue. Le passé commence par הִ, comme הִרְגִּישׁ (il a ressenti), le présent par מַ, comme מַרְגִּישׁ (il ressent), et l'infinitif par לְהַ, avec un י avant la dernière lettre de la racine : לְהַרְגִּישׁ (ressentir), לְהַסְבִּיר (expliquer), לְהַתְחִיל (commencer). Au présent, le féminin se termine par ־ָה et non par ־ֶת, comme dans מַזְמִינָה (elle commande), là où le paal dit כּוֹתֶבֶת.

La racine ז.מ.נ en hifil :

Un groupe à part, celui de לְהָבִין (comprendre) : לְהָ suivi de deux lettres. Il prend מֵ au présent, מֵבִין ; son passé est הֵבִין et son futur יָבִין. De même לְהָבִיא (apporter) et לְהָכִין (préparer).

Cinq verbes courants :

À l'oulpan d'elev. Le présent du hifil est au niveau א׳ ; son passé et son futur au niveau ב׳.

Nifal (נִפְעַל)

Ce qu'il dit. Deux choses. D'abord ce qui nous arrive, ce qui se fait sans qu'on le fasse vraiment : נִשְׁאָר (il reste), נִרְדָּם (il s'endort), נִפְגָּשׁ (il retrouve quelqu'un). Ensuite le passif du paal : כָּתַב, il a écrit ; נִכְתַּב, cela a été écrit.

Comment il se conjugue. Le présent et le passé commencent tous deux par נִ. Au masculin singulier, ils s'écrivent avec les mêmes lettres sans le nikud : נִכְנָס (il entre) et נִכְנַס (il est entré) donnent tous deux נכנס. C'est le contexte, maintenant ou hier, qui dit le temps. Au futur, un י suit la lettre de la personne, comme dans אִיכָּנֵס (j'entrerai) ou יִיכָּנֵס (il entrera). L'infinitif commence par לְהִי, comme לְהִיכָּנֵס (entrer).

La racine כ.נ.ס en nifal :

Attention à un faux ami : נוֹסֵעַ (il voyage) commence par נ, mais ce נ est une lettre de la racine, et le verbe est en paal, comme כּוֹתֵב.

Cinq verbes courants :

À l'oulpan d'elev. Le présent du nifal est au niveau א׳ ; son passé et son futur au niveau ב׳. Son rôle de passif du paal est au niveau ג׳.

Hitpael (הִתְפַּעֵל)

Ce qu'il dit. Une action sur soi-même, une action à deux, ou un sentiment. Sur soi : מִתְלַבֵּשׁ (il s'habille). L'un avec l'autre : מִתְכַּתְּבִים (ils s'écrivent), מִתְחַתְּנִים (ils se marient). Un sentiment : מִתְרַגֵּשׁ (il est ému), מִתְגַּעְגֵּעַ (quelqu'un lui manque). Le français dit « je m'habille », avec « me » ; l'hébreu n'ajoute aucun mot, le binyan suffit.

Comment il se conjugue. Le passé commence par הִתְ, comme הִתְלַבֵּשׁ (il s'est habillé), l'infinitif par לְהִתְ, comme לְהִתְלַבֵּשׁ (s'habiller), et le présent par מִתְ, comme מִתְלַבֵּשׁ (il s'habille). Les voyelles ne bougent pas entre l'infinitif et le présent : seul לְהִ devient מִ.

La racine ל.ב.שׁ en hitpael :

Quand la racine commence par ס (samekh), שׁ (chin), שׂ (sin), צ (tsadi) ou ז (zayin), le ת du binyan passe après cette lettre : הִסְתַּכֵּל (il a regardé), et non הִתְסַכֵּל, ou הִשְׁתַּתֵּף (il a participé). Après צ, le ת devient aussi un ט, comme dans הִצְטַעֵר (il a regretté). Après ז, il devient un ד, comme dans מִזְדַּקֵּן (il vieillit).

Cinq verbes courants :

À l'oulpan d'elev. Le présent du hitpael est au niveau א׳ ; son passé et son futur au niveau ב׳.

Poual (פֻּעַל) et houfal (הֻפְעַל)

Ce qu'ils disent. Ce sont les passifs du piel et du hifil. Une phrase passive dit ce qui est arrivé à la chose, pas qui l'a fait. « Maman a rangé la chambre », סִידֵּר en piel, devient « la chambre a été rangée », סוּדַר en poual. « Il a commandé », הִזְמִין en hifil, devient « cela a été commandé », הוּזְמַן en houfal.

Comment ils se conjuguent. Ils n'ont pas d'infinitif. Leur signe est le son ou, écrit avec un ו, comme dans סוּדַר et מְסוּדָר en poual, הוּזְמַן et מוּזְמָן en houfal. La racine ne bouge pas, et le schème change ses voyelles : le י de סִידֵּר et de הִזְמִין devient ce ו.

La racine ס.ד.ר, du piel au poual :

La racine ז.מ.נ, du hifil au houfal :

Au futur, ils gardent le même signe : יסודר (sera rangé), יוזמן (sera commandé). On les lit souvent dans la presse. À ces niveaux, les exercices de l'oulpan les écrivent sans nikud, comme un journal.

Cinq verbes courants en poual, avec leur passé et leur présent :

Et cinq en houfal, au passé :

À l'oulpan d'elev. Le poual et le houfal sont au niveau ג׳, avec le nifal passif. Le niveau ד׳ reprend le système passif entier, ses trois paires paal et nifal, piel et poual, hifil et houfal, et lui ajoute la racine et le schème des noms.

Reconnaître un binyan au présent

La plupart des verbes qu'on entend dans la rue, au travail et aux informations sont au présent. Le début du mot suffit le plus souvent à trouver le binyan :

Trouver le binyan, c'est pouvoir deviner les autres formes. Si מְסַפֵּר (il raconte) est en piel, son passé est סִיפֵּר et son futur יְסַפֵּר, comme דִּיבֵּר et יְדַבֵּר.

Dans quel ordre l'oulpan d'elev les enseigne

L'oulpan d'elev a deux parcours, l'un pour les jeunes, l'autre pour les adultes, et quatre niveaux, de א׳ à ד׳. Les binyanim y viennent dans cet ordre :

On entre par le niveau qu'on a déjà, pas forcément par le premier. L'oulpan d'elev est présenté ici, avec son test de niveau gratuit, sans inscription, qui dit par quel niveau commencer.