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Le bac israélien, la בגרות, et le choix des מגמות

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Le baccalauréat israélien ne ressemble pas au baccalauréat français, et la différence n'est pas cosmétique. Il n'y a pas une note globale au bout d'une année : il y a un compte d'unités accumulé sur les trois années du lycée, matière par matière, chacune à un niveau choisi. Deux élèves de la même classe peuvent sortir avec deux בגרות de valeur très différente sans qu'aucun des deux n'ait redoublé.

Pour un parent francophone, c'est le point le plus important à comprendre tôt, parce que les choix qui déterminent la valeur du diplôme se font en kita י et en kita י״א — et qu'ils sont difficiles à rattraper.

L'unité, la יחידה

Chaque matière se présente à un certain nombre d'unités — יחידות. Une unité représente une charge de programme et d'examen, pas une note. Plus une matière est présentée à un niveau élevé, plus elle pèse dans le dossier, et plus elle ouvre de portes après.

Le seuil habituellement retenu pour obtenir un certificat complet est de 21 unités. Mais ce seuil ne dit presque rien : c'est un plancher, et beaucoup d'élèves le dépassent largement. Ce qui compte pour la suite, ce n'est pas d'atteindre 21, c'est de quoi ces unités sont faites.

Les matières obligatoires

Le tronc obligatoire dépend du réseau. Dans le réseau ממלכתי, il compte 16 unités :

Le réseau ממלכתי־דתי en exige 20, avec un תנ״ך à 3 unités et la תורה שבעל פה ; les écoles arabes, 17, avec l'arabe. À ce tronc s'ajoute, partout, au moins une matière présentée à 5 unités — et l'anglais à 5 unités ne remplit pas cette condition.

Pour les mathématiques et l'anglais, 3 unités est le niveau le plus bas, pas le niveau normal. Un élève peut présenter ces deux matières à 3, 4 ou 5 unités, et à partir de la kita י les classes sont séparées selon ce niveau. L'affectation se fait sur les notes des années précédentes et sur un examen de rentrée ; on peut monter, et on peut aussi descendre.

La réforme qui a changé le poids des matières

Depuis l'année scolaire 2024-2025, le ministère déploie la תוכנית הבגרויות הגמישה, le dispositif de bagrout assoupli, dans les matières humanistes et sociales : le תנ״ך, l'histoire, l'אזרחות, la ספרות, la מחשבת ישראל et les מורשות.

Dans l'ancien dispositif, la note de ces matières reposait à 70 % sur l'examen externe et à 30 % sur l'évaluation de l'établissement. Dans le nouveau, l'examen externe ne pèse plus que 35 %. Deux travaux encadrés comptent pour 35 % : ils sont notés par l'enseignant, et le ministère en contrôle environ un sur cinq. Les 30 % restants vont à l'évaluation de l'établissement. Pour une matière à une seule unité, la répartition est de 50 % pour l'examen, 20 % pour un travail et 30 % pour l'établissement.

Le calendrier, lui, a bougé. Le dispositif devait s'imposer pour au moins une matière à la promotion de kita י de 2025-2026 ; en décembre 2025, le ministre a finalement laissé aux établissements, cette année encore, le choix entre l'ancien et le nouveau. Demandez au lycée de votre enfant lequel il applique, matière par matière.

Les mathématiques et l'anglais ne sont pas concernés : ces deux matières conservent leur examen externe national.

C'est la conséquence que personne ne vous dira spontanément. Quand une part plus grande de la note se joue dans l'établissement, elle devient moins comparable d'un lycée à l'autre. Ce qui reste pleinement comparable, ce sont les matières qui gardent tout leur examen externe : les mathématiques et l'anglais. Le niveau d'unités dans ces deux matières reste donc le signal le plus lisible d'un dossier, et la réforme ne l'a pas affaibli.

Pour un enfant oleh, ça retourne une idée reçue rassurante. On entend souvent « il rattrapera en histoire et en תנ״ך, ce sont des matières où l'on peut apprendre par cœur ». C'est peut-être vrai pour la note. Ça ne dit rien du niveau en mathématiques et en anglais, qui reste ce que le dossier montre le plus clairement.

Les מגמות, et comment elles se choisissent vraiment

Les מגמות sont les spécialités. On en choisit généralement une ou deux à l'entrée en kita י״א, parfois dès la kita י selon l'établissement et la spécialité. Chacune compte pour 5 unités, et c'est par elles qu'on dépasse le tronc obligatoire.

Le conseil qui circule — « une מגמה qui te plaît, une מגמה utile » — n'est pas mauvais, mais il escamote le vrai critère. Une מגמה engage trois choses à la fois :

  1. la valeur du diplôme, par le nombre et le niveau d'unités qu'elle ajoute ;
  2. l'affectation à l'armée, parce que certaines unités recrutent sur des profils précis ;
  3. l'accès à l'université, parce que certaines filières exigent des prérequis que seule une מגמה donne.

Les spécialités scientifiques — physique, chimie, biologie, et surtout l'informatique — sont celles qui ouvrent le plus largement les trois portes en même temps. Une langue vivante autre que l'hébreu est un atout réel pour certaines affectations, et c'est souvent une occasion manquée pour un enfant francophone : le français est une מגמה, et c'est probablement la seule où il arrive avec une avance que personne d'autre n'a.

Deux avertissements, qui coûtent cher quand on les découvre tard.

Une מגמה peut se perdre. Si les résultats ne suivent pas, l'enseignant peut conseiller de quitter la spécialité, et l'élève doit alors en prendre une autre — qu'il devra rattraper depuis le début, avec un an de retard sur ses camarades.

Une מגמה scientifique dépend du niveau de maths. On ne suit pas la physique à 5 unités avec des mathématiques à 3 unités. Le niveau de maths choisi en kita י décide donc, indirectement, des מגמות encore accessibles en kita י״א. C'est la porte qui se ferme le plus discrètement, et le plus tôt.

Ce qu'il faut décider, et quand

Le calendrier réel est plus serré que le calendrier affiché.

En kita ט, l'élève est orienté vers un niveau de mathématiques pour la kita י. Cette orientation se fonde sur les notes de ט et de ח. C'est donc en ח et en ט que se joue l'accès aux 5 unités, deux à trois ans avant que qui que ce soit ne parle de bac.

En kita י, le niveau de maths et d'anglais se stabilise, et les premières unités se passent.

En kita י״א, les מגמות s'engagent pour de bon.

Pour un enfant arrivé d'un pays francophone, il y a là un piège précis. Sa note de mathématiques en ח ou en ט reflète souvent son hébreu et non ses mathématiques — il connaît la notion, il ne connaît pas le mot. Mais c'est cette note-là qui décide de son niveau en kita י, et donc de ses מגמות, et donc de ses universités possibles. Personne ne relit ce dossier plus tard.

C'est précisément pour cette raison que le vocabulaire mathématique se rattrape en ח et en ט, pas en י — et le programme de chaque classe est ici, en hébreu.

Où vérifier

Le ministère de l'Éducation publie le dispositif de bagrout assoupli, les circulaires annuelles et les listes de spécialités sur son espace pédagogique. Le רכז הבגרות de l'établissement — le coordinateur des examens — est la personne qui détient le calendrier réel de votre lycée, et qui sait quel dispositif il applique.