Mon enfant ne suit pas les maths en hébreu
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Le scénario est presque toujours le même. Un enfant qui avait de bonnes notes en mathématiques avant l'alya rapporte, quelques mois plus tard, une copie à 50. Il dit qu'il « savait faire ». Et le plus souvent, il dit vrai.
Ce guide explique pourquoi, combien de temps cela dure, ce que l'école doit faire, et ce qu'un parent peut faire lui-même — y compris sans lire un mot d'hébreu.
Ce que la note mesure vraiment
Le ministère de l'Éducation a fait mesurer les résultats des élèves olim par une étude nationale de l'université de Tel-Aviv, menée par Tamar Levin, Elana Shohamy et Bernard Spolsky. Les tests ont eu lieu en 2000-2001, auprès de 2 844 élèves de kita ה, de kita ט et de kita י״א, olim et natifs comparés.
En mathématiques, le résultat est net pour les olim venus de l'ex-URSS. Ils étaient nettement plus faibles que les natifs sur trois points : le vocabulaire des notions, la compréhension d'un énoncé de problème, et la capacité à expliquer une démarche. En calcul, leur niveau était au contraire relativement élevé.
Une deuxième mesure le confirme. En kita י״א, un même examen de mathématiques, proposé en version bilingue, en hébreu et en russe, a donné des résultats nettement meilleurs que la version en hébreu seul, à durée de séjour en Israël égale.
Autrement dit : une part de la note de mathématiques d'un enfant oleh mesure son hébreu. Ce n'est pas la seule : l'étude nomme le niveau socio-économique de la famille comme le premier facteur des résultats des olim. Mais quand les calculs sont justes, c'est souvent l'énoncé qui ne passe pas.
Combien de temps dure le rattrapage
Plus longtemps qu'on ne le dit aux familles.
La même étude a mesuré combien d'années il faut aux olim pour rejoindre le niveau des élèves nés en Israël. En mathématiques : de cinq à sept ans, neuf ans ou onze ans, selon la classe. En hébreu scolaire (lire un texte de cours, écrire une réponse) : de cinq à sept ans, huit ans ou onze ans.
Trois précautions pour lire ces chiffres.
Les données sont anciennes, et elles portent sur des enfants venus de l'ex-URSS et d'Éthiopie, pas sur des familles francophones d'aujourd'hui. L'étude se dit pourtant singulière, parce qu'elle a testé les élèves eux-mêmes plutôt que de passer par leurs enseignants, et l'inspection de l'hébreu du ministère la citait encore en 2020 : l'acquisition de la langue prend « entre cinq et onze ans ».
L'étude n'a pas mesuré l'hébreu de la cour de récréation. Un enfant peut parler avec ses camarades au bout de quelques mois et rester loin de l'hébreu d'un énoncé de problème. Le premier rassure les parents. Le second fait la note.
Le délai n'est pas une fatalité. L'étude conclut elle-même qu'il fallait donner à ces élèves beaucoup plus d'heures d'aide qu'ils n'en recevaient. C'est une lecture de ce guide, que l'étude n'a pas mesurée : ce délai dit ce qui se passait avec l'aide de l'époque, pas ce dont votre enfant est capable.
Les heures d'hébreu que l'école doit donner
Les règles sont publiées par le ministère sur son portail destiné aux parents. Les voici.
Au moins six heures par semaine d'hébreu langue seconde (עברית כשפה שנייה) pour chaque élève oleh. Le ministère attribue ces heures à l'école selon la date d'alya de chaque élève. Le guide du ministère de l'Alya et de l'Intégration précise que leur nombre dépend aussi du nombre d'olim que l'école accueille.
Des cours en groupe, et des cours individuels quand l'élève est le seul oleh de l'école.
Des créneaux fixes dans l'emploi du temps, posés selon une תוכנית עבודה אישית — un plan de travail personnel, adapté à l'enfant.
Un responsable nommé : le מחנך, le professeur principal, accompagne l'élève oleh et suit ses progrès.
Une évaluation du niveau d'hébreu de l'enfant, et de sa capacité à suivre les autres matières, par des tests appelés מבדקי הערכה.
Et après le niveau de base, un élève qui a terminé l'hébreu « de base » mais garde des lacunes dans les matières peut recevoir une aide par les programmes du ministère, ou par des heures qu'accorde une ועדת חריגים — une commission des cas particuliers.
Le guide du ministère de l'Alya cite deux de ces programmes, après les cours : יע״ל à l'école primaire, trois séances de deux heures par semaine, et פל״א au collège et au lycée, neuf heures par semaine. Demandez s'ils fonctionnent dans votre école cette année.
Comment les demander
Ces heures sont attribuées à l'école sans démarche de votre part, selon la date d'alya de votre enfant. Vérifiez auprès du secrétariat que l'école sait qu'il est oleh, et depuis quand. Pour un élève תושב חוזר — un enfant qui revient en Israël après des années à l'étranger —, les heures ne sont pas automatiques : demandez à l'école si elle les a demandées. Ce qu'elles deviennent dans l'emploi du temps de votre enfant se vérifie aussi.
- Demandez au מחנך à voir la תוכנית עבודה אישית de votre enfant. C'est le plan selon lequel l'école doit poser ses cours d'hébreu. Si personne ne sait vous le montrer, c'est déjà une réponse.
- Demandez à quelles heures de l'emploi du temps votre enfant suit l'hébreu langue seconde, et, s'il sort de la classe pour ces cours, pendant quelles matières.
- Demandez le résultat des מבדקי הערכה, et ce que l'école en a conclu pour les mathématiques.
- Si l'hébreu de base est acquis mais que les maths ne suivent pas, demandez quel programme du ministère l'école propose, ou si elle peut demander des heures à la ועדת חריגים.
- Si l'école ne répond pas, adressez-vous au service éducation de votre municipalité, puis au service d'aide aux parents du ministère, dont les coordonnées figurent sur la page du portail citée plus bas.
Comme pour tous les droits des olim : nommez le dispositif. « Il a besoin d'aide » obtient une réponse polie. « Je demande à voir sa תוכנית עבודה אישית et ses heures d'hébreu langue seconde dans l'emploi du temps » obtient une réponse précise.
Les aménagements aux examens, dont la בגרות, sont un autre sujet, et ils durent bien plus longtemps que ces heures : les droits scolaires d'un élève oleh.
Ce que vous pouvez faire sans lire l'hébreu
Vous n'avez pas besoin de lire l'énoncé pour aider. Vous avez besoin de savoir où il bloque.
Regardez la copie avec lui. Demandez-lui de vous lire chaque exercice et de le traduire. Des calculs justes et des problèmes laissés en blanc, c'est le schéma que l'étude a relevé chez les olim de l'ex-URSS : le blocage vient de l'énoncé, pas du calcul.
Dites-le à l'enseignant, avec ces mots-là. « Il calcule juste, il ne comprend pas l'énoncé » ne se lit pas comme « il est faible en maths ». La distinction change ce qu'on lui propose.
Travaillez la notion dans la langue qu'il maîtrise. Une fraction reste une fraction. Si la notion est claire en français, il ne lui reste qu'un mot à poser dessus. Si elle ne l'est pas, aucune liste de vocabulaire ne la rendra claire.
Faites la liste des mots de chaque chapitre. À chaque chapitre neuf, l'enfant relève dans son manuel les mots qu'il ne connaît pas. Vous cherchez ensemble leur sens, avec un dictionnaire ou une application de traduction. Dix mots par chapitre suffisent souvent : le vocabulaire d'un chapitre de mathématiques est court, et il revient sans cesse.
Apprenez-lui les consignes. Les verbes qui ouvrent un exercice sont toujours les mêmes, et un élève qui ne les reconnaît pas ne sait pas ce qu'on lui demande, même quand il sait le faire.
Le vocabulaire, l'obstacle qui ne se voit pas
Le vocabulaire mathématique est court, précis, et il ne se devine pas. Quelques mots suffisent à faire perdre un exercice entier. Ceux-ci reviennent dès l'école primaire :
- Le numérateur, le nombre du haut d'une fraction : מונה. Le dénominateur, le nombre du bas : מכנה. Les confondre est l'erreur la plus fréquente.
- La somme (le résultat d'une addition) : סכום. La différence (d'une soustraction) : הפרש.
- Le produit (d'une multiplication) : מכפלה. Le quotient (d'une division) : מנה.
- Le périmètre, le tour de la figure : היקף. L'aire, la surface à l'intérieur : שטח.
- La moyenne : ממוצע.
- « Fois plus » : פי. Dans « גדול פי 3 », on multiplie par 3 — on n'ajoute pas 3.
- « Justifiez » : נמקו. La réponse seule ne suffit pas, il faut la règle qui la prouve.
Un enfant qui confond מונה et מכנה ne se trompe pas de fraction : il se trompe de mot. Et pourtant c'est sa note de fractions qui baisse.
Ce vocabulaire pèse plus lourd à mesure que l'enfant avance. C'est sur les notes de kita ח et de kita ט que se décide son niveau de mathématiques en kita י, donc, indirectement, les מגמות qui lui resteront ouvertes : le bac israélien, expliqué.
Ce que fait elev
elev a été construit autour de ce problème. Les leçons suivent le programme israélien, de la kita ג au lycée, en hébreu, parce que c'est en hébreu que l'enfant sera interrogé. Les mots de vocabulaire y sont marqués : un parent qui utilise elev en français ou en anglais peut cliquer sur chacun et en voir la traduction. Le programme de chaque classe est ici.
Où vérifier
Les règles des heures d'hébreu sont publiées sur le portail du ministère de l'Éducation pour les parents, avec les coordonnées du service d'aide aux parents. À la date de cet article, la page renvoie à la circulaire du directeur général pour l'année תשפ״ו (2025-2026) ; la circulaire de l'année en cours la remplace quand elle paraît, et les seuils changent d'une année à l'autre.
Kol Zchut, le site associatif des droits sociaux, résume les mêmes droits en hébreu simple. Vérifiez sur la page de quelle circulaire elle part.
Le programme יע״ל et le programme פל״א sont décrits dans le guide du ministère de l'Alya et de l'Intégration pour les élèves olim, cinquième édition, 2022. Les programmes changent : demandez à l'école s'ils existent encore.
Le résumé de l'étude de Levin, Shohamy et Spolsky (université de Tel-Aviv, rapport au ministère de l'Éducation, 2003) est publié par le ministère de l'Éducation. La phrase « entre cinq et onze ans » vient de la circulaire de l'inspection de l'hébreu du 9 août 2020.