Cinq exercices au niveau réel de l'examen, y compris ses deux figures les plus retorses.
L'opinion à contre-emploi, où la vraisemblance égare. Le regret rapporté, où tout se déduit de la fin.
Pour chacun : cherchez d'abord seul, puis ouvrez le corrigé. Il déroule la méthode, élimine les options une à une, et dresse le bilan des quatre propositions.
Ne lisez pas le corrigé comme une histoire : à chaque étape, demandez-vous ce que vous auriez écrit avant de lire la suite. C'est l'écart entre votre réflexe et la méthode qui vous apprend quelque chose.
Mémo — à vérifier avant de cocher
J'ai lu la phrase en entier avant de lire les options.
J'ai identifié chaque connecteur donné et sa direction — accord ou opposition.
J'ai anticipé la polarité de chaque trou avant de lire les options.
J'ai éliminé colonne par colonne, pas option par option.
J'ai relu la phrase reconstituée d'un bout à l'autre, sans frottement.
La fin de la phrase — presque toujours donnée — valide mon choix.
Exercices
Exercice 1
Convaincu qu'aucun outil n'a jamais ______ un artisan, le vieux relieur regardait les machines de son fils avec ______ ; il a fini par leur trouver une vertu : elles expédient si vite les gestes ______ qu'il peut consacrer ses journées aux gestes ______.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) remplacé / méfiance / répétitifs / rares
Corrigé :
Lecture complète. Points d'appui : « convaincu qu'aucun outil… », « il a fini par leur trouver une vertu », et la fin — des journées consacrées à certains gestes. Le récit va d'une réserve vers une concession.
Connecteurs. « Il a fini par » signale une évolution ; « si vite… que » annonce une conséquence heureuse. Aucune opposition dans la seconde moitié : la vertu se démontre.
Anticipation. Trou un : le contenu de la conviction — un verbe que le relieur refuse aux machines (« remplacé »). Trou deux : son regard initial — négatif (« méfiance »). Trous trois et quatre : la machine prend le répétitif, l'artisan garde le rare.
Élimination, colonne deux d'abord (la plus contrainte) : « enthousiasme » tuerait l'évolution — on ne « finit pas par » trouver une vertu à ce qu'on aime déjà. Colonne un : « aidé » rendrait la conviction absurde (nier que l'outil aide, c'est nier le métier). Colonnes trois-quatre : l'ordre inversé donnerait les gestes rares aux machines — le contraire de la vertu trouvée.
Relecture. Conviction intacte (« remplacé »), méfiance de départ, machines cantonnées au répétitif, artisan rendu au rare : le vieil homme concède sans se renier. La chaîne tient.
Option 1 — « enthousiasme » contredit « il a fini par » : l'évolution suppose une réserve initiale.
Option 2 — la conviction, la méfiance, puis la concession qui ne renie rien : chaque maillon s'enchaîne.
Option 3 — « aucun outil n'a jamais aidé un artisan » est une conviction que personne ne peut porter — la suite ne s'y raccroche plus.
Option 4 — contradiction interne : consacrer ses journées aux gestes répétitifs détruit la vertu que l'option vient d'énoncer.
La bonne réponse : « remplacé / méfiance / répétitifs / rares ». Le piège du bon sens : « enthousiasme » et « aidé » sonnent aimables — seule la logique du personnage, pas la sympathie, permettait de trancher.
Exercice 2
« Je pensais qu'en ______ chaque décision à mon équipe, je la ______ », reconnaît la directrice ; « c'est l'inverse qui s'est produit : à force d'être consultés sur tout, mes collaborateurs ne ______ plus rien — c'est justement en tranchant seule les petites questions que je leur ai rendu le goût de ______ les grandes. »
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) soumettant / responsabilisais / tranchaient / trancher
Corrigé :
Lecture complète. Trois points d'appui : « c'est l'inverse qui s'est produit », « à force d'être consultés sur tout », et le paradoxe final — trancher seule pour rendre aux autres le goût de trancher.
Connecteurs. « C'est l'inverse » impose que le résultat contredise l'intention du trou deux ; « c'est justement… que » signe le paradoxe assumé.
Anticipation — en partant de la fin. La leçon parle de trancher : le dégât du milieu doit être une paralysie (« ne tranchaient plus rien »). L'intention trahie était donc de rendre l'équipe active (« responsabilisais »), par un geste de partage (« soumettant »).
Élimination, colonne un : « imposant chaque décision » contredit « consultés sur tout » — barrée. Colonne deux : « déchargeais » ne colle pas au geste (soumettre plus de décisions n'allège personne) — barrée. Colonne trois : « ne refusaient plus rien » décrirait une équipe docile, pas paralysée — barrée.
Relecture. Intention (responsabiliser en soumettant tout), inverse obtenu (plus personne ne tranche), paradoxe final (trancher seule les petites pour rendre les grandes) : la chaîne tient de bout en bout.
Option 1 — « je la déchargeais » ne décrit pas l'effet de soumettre plus de décisions : l'intention ne colle pas au geste.
Option 2 — « en imposant chaque décision » contredit « à force d'être consultés sur tout », écrit trois mots plus loin.
Option 3 — « ne refusaient plus rien » n'est pas un dégât : le regret et la leçon sur le fait de trancher perdent leur objet.
Option 4 — intention, inverse, paradoxe : les quatre segments obéissent à la fin de la phrase.
La bonne réponse : « soumettant / responsabilisais / tranchaient / trancher ». Format regret + paradoxe, le plus proche du vrai examen : tout se déduit de la fin, jamais de la vraisemblance.
Exercice 3
Nombreux sont ceux qui pensent que le talent ______ à la réussite artistique. Or, les biographies des grands peintres montrent que ______ le travail acharné qui a fait la différence : la plupart d'entre eux ont produit des milliers d'œuvres médiocres avant d'atteindre la maîtrise, ce qui ______ l'idée d'un don inné qui suffirait à lui seul.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) suffit / c'est avant tout / dément
Corrigé :
Lecture complète. Points d'appui : « des milliers d'œuvres médiocres avant d'atteindre la maîtrise » et la fin donnée : « l'idée d'un don inné qui suffirait à lui seul ». L'exemple des peintres est un fait — il ne changera pas.
Connecteurs. « Or » est le pivot : il introduit une contradiction avec la croyance populaire de la première phrase. « Ce qui ______ l'idée » relie l'exemple des peintres à l'idée du don inné.
Anticipation. Pour que « Or » ait quelque chose à contredire, la croyance du trou 1 doit être l'inverse de la suite : « le talent suffit ». Trou 2 : la suite affirme le rôle du travail. Trou 3 : des milliers d'œuvres médiocres contredisent le don inné — « dément ».
Élimination, colonne 1. C'est le piège principal : les options 1 et 3 (« ne suffit pas ») semblent raisonnables… mais si la croyance populaire est déjà « le talent ne suffit pas », alors « Or » n'a plus rien à contredire — la suite irait dans le même sens que la croyance. Le connecteur les élimine.
Départage et vérification. Entre 2 et 4 : « ce n'est nullement le travail acharné qui a fait la différence » contredit l'exemple qui suit immédiatement (les milliers d'œuvres prouvent le rôle du travail), et « confirme » l'idée du don est l'inverse de ce que montre l'exemple. Reste l'option 4. Relecture complète : croyance (« suffit »), « Or » qui la contredit, travail affirmé, don « démenti ».
Option 1 — si la croyance est déjà « le talent ne suffit pas », « Or » n'a plus rien à contredire : le connecteur d'opposition rend l'option incohérente.
Option 2 — « nullement le travail » contredit l'exemple des milliers d'œuvres, et « confirme » le don inné contredit ce même exemple.
Option 3 — même défaut que l'option 1 sur « Or », plus « confirme » : des œuvres médiocres ne peuvent pas confirmer qu'un don suffirait.
Option 4 — croyance « le talent suffit » que « Or » contredit, travail affirmé, exemple qui « dément » le don inné : la chaîne est complète.
La bonne réponse : « suffit / c'est avant tout / dément ». Le connecteur inversé était le piège : un premier segment qui « sonne sage » peut vider le « Or » de son sens.
Exercice 4
Si le vaccin contre la grippe doit être renouvelé chaque année, ce n'est pas parce que son efficacité ______ avec le temps, ______ parce que le virus lui-même ______ constamment, rendant la formule de l'année précédente obsolète.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) diminue / mais bien / mute
Corrigé :
Lecture complète. Point d'appui décisif, tout à la fin : « rendant la formule de l'année précédente obsolète ». Le trou 3 doit décrire un changement du virus — sinon rien ne devient obsolète.
Connecteurs. La structure donnée : « ce n'est pas parce que X, ______ parce que Y » — une rectification. On écarte une explication pour donner la vraie. Le trou 2 doit porter le « mais » de cette structure.
Anticipation. Trou 1 : l'explication écartée doit être plausible (sinon pourquoi l'écarter ?) — « son efficacité diminue ». Trou 2 : « mais bien ». Trou 3 : la vraie cause de l'obsolescence — le virus change.
Élimination, colonne 1. L'option 4 écarte « son efficacité augmente » : personne n'avancerait cette explication, la rectification devient logiquement vide. Éliminée. Astuce : dans « ce n'est pas parce que X », X doit toujours être l'explication à laquelle on aurait pensé.
Départage, colonnes 2 et 3. Option 1 : « ni » exige un « ne… ni » absent, et « reste identique » contredit frontalement « obsolète ». Option 3 : « et encore moins » est une gradation négative qui ne peut pas introduire la vraie cause, et « se stabilise » contredit aussi « obsolète ». Reste l'option 2. Relecture : pas l'efficacité, mais bien la mutation — d'où la formule obsolète.
Option 1 — « ni » exige une construction « ne… ni » absente ; « reste identique » contredit « rendant la formule obsolète » : un virus inchangé ne rendrait rien obsolète.
Option 2 — rectification classique : on écarte une explication plausible (l'efficacité diminue) au profit de la vraie (le virus mute), qui justifie « obsolète ».
Option 3 — « et encore moins » introduit une gradation négative, pas la cause réelle ; « se stabilise » contredit « obsolète ».
Option 4 — « ce n'est pas parce que son efficacité augmente » écarte une explication que personne n'avancerait : le segment est logiquement vide.
La bonne réponse : « diminue / mais bien / mute ». La double négation (« ce n'est pas parce que… ») se dompte en traduisant chaque proposition en plus ou moins, dans la marge.
Exercice 5
Marc a toujours soutenu que les compliments ______ la motivation des employés. ______ constaté que son équipe travaillait moins bien après une série d'éloges, il ______ sa position et admet désormais que la flatterie ______ contre-productive.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) renforcent / Ayant / a nuancé / peut se révéler
Corrigé :
Lecture complète. Deux points d'appui donnés : l'observation (« son équipe travaillait moins bien après une série d'éloges ») et surtout « admet désormais » — ce mot signale un changement d'opinion. C'est lui qui va tout départager.
Connecteurs. Le trou 2 articule l'observation et la réaction de Marc : ce sera soit une cause (« Ayant constaté » — il en tire les conséquences), soit une concession (« Bien qu'il ait constaté » — cela ne change rien pour lui). Les deux existent dans les options : il faudra choisir avec la fin de la phrase.
Anticipation — en partant de la fin. Il « admet désormais » que la flatterie peut être contre-productive : c'est donc nouveau pour lui — il pensait l'inverse — trou 1 : « renforcent ». L'observation a causé ce revirement — trou 2 causal, trou 3 : un verbe de changement, trou 4 : une formule prudente (un seul cas observé).
Élimination, colonne 1. Options 1 et 4 : si Marc pensait déjà que les compliments « affaiblissent » la motivation, l'observation confirme son avis — il n'aurait rien à changer ni à admettre « désormais ». Éliminées. C'est le piège symétrique : le premier segment semble anodin, c'est la fin de la phrase qui le condamne.
Départage et vérification. Entre 2 et 3 : l'option 2 se contredit elle-même — « il a maintenu sa position et admet désormais… » : on ne peut pas à la fois ne rien changer et admettre du nouveau. De plus « Bien que » retire à l'observation son rôle de déclencheur. Reste l'option 3. Relecture : conviction, observation contraire, il nuance, il admet que la flatterie peut se révéler contre-productive. Prudent, causal, cohérent.
Option 1 — s'il pensait que les compliments « affaiblissent », l'observation confirme son avis : rien à « nuancer », et « admet désormais » (nouveauté) est injustifié.
Option 2 — contradiction interne : « a maintenu sa position » et « admet désormais » sont incompatibles, « désormais » signale un changement. « Bien que » supprime en plus le déclencheur du revirement.
Option 3 — conviction initiale, observation contraire, il nuance et admet, prudemment (« peut se révéler »). Cause et évolution s'enchaînent sans contradiction.
Option 4 — « a conservé sa position » puis « admet désormais que la flatterie est toujours contre-productive » : il va plus loin que son avis initial au lieu de le conserver — et « toujours » généralise à partir d'un seul cas.
La bonne réponse : « renforcent / Ayant / a nuancé / peut se révéler ». Quatre trous : le bon réflexe est de partir de la fin donnée (« admet désormais ») et de remonter — et de tester la cohérence des segments d'une même option entre eux.
Exercice 6
Remettez dans l'ordre les trois temps d'un regret rapporté.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : L'intention · Le résultat inverse · La leçon tirée
Corrigé :
« Je croyais le protéger » : l'intention.
« je l'ai condamné » : le résultat, à l'inverse de l'intention.
« Je n'aurais pas dû confondre… » : la leçon, qui ferme la phrase.
Le piège : lire l'intention comme le résultat. C'est la fin qui dit ce qui s'est vraiment passé.
Exercice 7
Quand la phrase donne la parole à un locuteur à contre-courant, la proposition la plus vraisemblable dans le monde réel est la bonne.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Faux
Corrigé :
Le locuteur pense contre l'attente : le professeur qui célèbre les ratures.
On juge chaque segment d'après ce que ce locuteur-là peut dire sans se contredire.
Faux. Dans l'opinion à contre-emploi, la vraisemblance égare. La cohérence interne décide.
Exercice 8
Opinion à contre-emploi ou regret rapporté ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Le professeur qui célèbre les ratures — Opinion à contre-emploi · « Je croyais le protéger ; je l'ai condamné. » — Regret rapporté · Le chroniqueur qui déteste ce que tous admirent — Opinion à contre-emploi · « Je pensais les aider ; je les ai rendus dépendants. » — Regret rapporté · Le gardien de phare qui préfère la mer au théâtre — Opinion à contre-emploi · « En consultant tout le monde, j'ai paralysé mon équipe. » — Regret rapporté
Corrigé :
Une opinion à contre-emploi : un goût ou un jugement qui va contre l'attente.
Un regret rapporté : une intention, puis un résultat inverse, raconté après coup.
Le piège : chercher la vraisemblance. Ici, c'est la forme de la phrase qui classe.
Exercice 9
Associez chaque point du mémo au piège qu'il désamorce.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Lire la phrase avant les options — des options qui semblent toutes plausibles · Relire jusqu'au dernier mot — le presque-bon · Dire la direction de chaque connecteur — le connecteur inversé
Corrigé :
Lues d'abord, les options séduisent toutes.
Le presque-bon meurt à son dernier mot : seule la relecture le voit.
Le connecteur inversé dit l'inverse : on le voit si la direction est décidée avant.
Chaque point du mémo existe pour un piège précis.
Exercice 10
Dans un regret rapporté, c'est la fin de la phrase qui dit si l'intention a réussi ou échoué.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Vrai
Corrigé :
« Je croyais le protéger ; je l'ai condamné » : le résultat vient après l'intention.
La leçon finale confirme l'échec.
Vrai. Tout se déduit de la fin : l'intention seule ne dit rien du résultat.