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Sujet 3. Vous avez trente-cinq minutes et au moins vingt-cinq lignes à écrire. Le sujet s'affiche dès que le chronomètre part.
L'essentiel des entreprises de haute technologie du pays est installé dans une bande étroite autour du centre. Les salaires y sont élevés, les loyers aussi, et les routes qui y mènent sont saturées chaque matin.
Certains voudraient que l'État encourage financièrement ces entreprises à ouvrir des bureaux en périphérie, dans le Nord et dans le Sud. Selon eux, un emploi bien payé créé loin du centre en fait vivre plusieurs autour de lui ; il retient sur place des jeunes diplômés qui partent aujourd'hui ; et il allège des routes que l'on ne peut pas élargir indéfiniment.
D'autres jugent la mesure inefficace. Une entreprise de ce secteur vit de la proximité : ses ingénieurs changent souvent d'employeur, et cette circulation n'existe que là où les entreprises sont voisines. Ils ajoutent qu'un argent public versé pour déplacer des bureaux serait mieux employé à financer des trains, des écoles et des universités en périphérie — ce qui attirerait les entreprises sans avoir à les payer.
À votre avis, l'État doit-il encourager financièrement les entreprises de haute technologie à s'installer en périphérie ? Étayez votre réponse.
Un pays peut porter deux économies sur un même territoire : l'une concentrée sur quelques dizaines de kilomètres, l'autre qui la regarde de loin. C'est à peu près notre situation, et l'on cherche depuis des années comment y remédier. On peut dès lors se demander si l'État doit payer les entreprises de haute technologie pour qu'elles s'installent en périphérie. Pour ma part, je pense que non — mais que cet argent a bel et bien un rôle à jouer, ailleurs.
Il est vrai que l'intention est juste et que les raisons avancées sont réelles. Un emploi bien payé créé loin du centre fait vivre autour de lui un boulanger, un garagiste, une école ; il retient sur place des jeunes qui, aujourd'hui, partent dès leur diplôme en poche ; et chaque bureau ouvert au Nord ou au Sud est une voiture de moins sur des routes que l'on ne peut plus élargir. De plus , ne rien faire revient à accepter qu'une partie du pays reste durablement à l'écart de sa propre réussite.
Toutefois , une subvention paie une adresse, jamais une décision : une entreprise que l'on paie pour venir est une entreprise qui repartira le jour où l'on cessera de payer. Ce secteur vit de la proximité de ses concurrents : ses ingénieurs changent d'employeur tous les trois ou quatre ans, et cette circulation n'a lieu que là où les bureaux sont voisins. Ainsi , une entreprise isolée dans une ville lointaine ne recrute pas, parce que le premier ingénieur qu'elle approche lui demande ce qu'il fera s'il veut changer de travail sans déménager sa famille. C'est la raison pour laquelle l'aide directe traite le symptôme et jamais la cause.
Par ailleurs , l'argent public a le pouvoir de créer ce qui manque vraiment, et ce n'est pas un loyer. Ce qui retient une entreprise quelque part, c'est une gare qui met le centre à une heure, une université qui forme des ingénieurs sur place, et des écoles où ses employés acceptent d'inscrire leurs enfants. À titre d'exemple , une ville qui gagne une ligne de train rapide voit s'installer des entreprises que dix ans d'aides n'avaient pas fait venir — parce que cette fois, elles n'ont aucune raison de repartir. Or ces investissements, contrairement aux subventions, restent utiles à la ville même si aucune entreprise ne vient.
Pour conclure , il me semble que l'État ne doit pas payer les entreprises pour qu'elles se déplacent, parce qu' on n'achète pas une implantation durable avec une aide temporaire. Le même argent, mis dans les trains, les universités et les écoles de périphérie, produirait le déplacement recherché sans avoir à le financer chaque année. Une exception mérite d'être posée : les toutes premières entreprises d'une ville, celles qui n'ont encore aucun voisin, peuvent justifier un coup de pouce limité dans le temps. On ne déplace pas une industrie en la payant : on rend un endroit assez attirant pour qu'elle veuille y rester.
Elle répond « non » au verbe de la question — « encourager financièrement » — et le dit dès l'introduction.
Elle accorde au camp adverse que l'intention est juste : c'est le moyen qu'elle refuse, pas le but. Une nuance qui vaut cher.
Elle apporte deux idées absentes de l'encadré : l'entreprise qui repart quand l'aide s'arrête, et l'ingénieur qui refuse un poste sans voisins où rebondir.
Chaque argument porte un cas concret — l'ingénieur qui pose sa question à l'embauche, la ville qui gagne un train.
Elle refuse une mesure et en propose une autre : c'est ce qui distingue un refus argumenté d'un refus.
Sa conclusion ouvre une soupape : l'amorçage limité dans le temps pour les toutes premières entreprises d'une ville.
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