Au format de l'examen : six questions, six minutes. Ouvrez la question 1 avant le texte, et arrêtez-vous dès que vous tenez la réponse. Les questions suivent les paragraphes dans l'ordre.
Un texte de sciences de la vie. Même architecture que le précédent : une explication ancienne, sa réfutation, deux explications qui se disputent la place, et un dernier paragraphe qui les renvoie dos à dos. Notez à chaque réponse par quelle mesure l'explication en jeu est appuyée — c'est là que portent quatre des six questions.
Texte
Tous les animaux dont on a pu observer le repos dorment, et le sommeil coûte cher : une bête endormie ne mange pas, ne surveille pas ses petits et se laisse approcher. Une conduite aussi risquée, conservée partout, doit rendre un service considérable — c'est le raisonnement qui a ouvert la question, et il n'a jamais été abandonné. La première réponse, qui s'imposa dès le dix-neuvième siècle et tint jusque dans les années soixante, fut la plus simple : le sommeil sert à économiser. L'organisme ralentit, dépense moins, et répare ce que la journée a usé. Dormir serait au corps ce qu'est à une machine l'arrêt nocturne de l'atelier.
Trois observations rendaient cette réponse solide. La première est directe : pendant le sommeil, la température baisse d'une fraction de degré, le cœur ralentit, la dépense énergétique diminue. La deuxième vient de la comparaison entre espèces : à masse égale, les animaux qui brûlent le plus dorment le plus, la musaraigne bien davantage que l'éléphant, comme si la durée du repos suivait la facture de l'éveil. Connaissant la seule masse d'un mammifère, on prévoyait ainsi l'ordre de grandeur de son sommeil quotidien, et la prévision tombait souvent juste. La troisième est celle que chacun peut faire sur soi : privé de sommeil, un être vivant s'épuise, puis meurt, et le rat privé de sommeil meurt plus vite que le rat privé de nourriture. Prises ensemble, ces trois observations dessinaient un besoin d'ordre énergétique, et la question semblait réglée.
Le calcul l'a rouverte. Lorsqu'on a mesuré l'économie réellement réalisée pendant une nuit de sommeil humain, elle s'est révélée dérisoire : de l'ordre de ce qu'apporte une tranche de pain. Aucun animal ne paierait le prix d'une nuit d'inconscience pour un gain aussi mince, et l'économie ne pouvait donc pas être la raison d'être du sommeil. Une autre explication a pris la place, appuyée sur ce que montraient les enregistrements du cerveau endormi : les mêmes séquences de cellules qui s'étaient activées pendant l'apprentissage de la journée se rejouent la nuit, plus vite, et un dormeur retient le lendemain ce qu'un veilleur oublie. Le sommeil servirait à consolider la mémoire. Dans les années deux mille dix, l'équipe de Maiken Nedergaard a relancé une explication plus matérielle : chez la souris endormie, l'espace entre les cellules du cerveau s'élargit et le liquide qui le traverse emporte des déchets que l'éveil accumule. Cette hypothèse a été reçue avec enthousiasme, parce qu'elle rendait au sommeil une fonction de nettoyage aussi concrète que l'ancienne fonction de repos. Ni l'une ni l'autre de ces deux explications ne prétendait pourtant remplacer l'ancienne sur son propre terrain : aucune ne dit ce que le corps gagne à s'immobiliser huit heures, toutes deux disent ce que le cerveau y fait.
Les spécialistes ne rejettent aujourd'hui aucune de ces deux explications, mais ils refusent de traiter l'une ou l'autre comme la réponse cherchée, et pour la même raison dans les deux cas. Le rejeu des séquences apprises s'observe aussi chez l'animal éveillé et immobile : il accompagne le sommeil sans en dépendre. Quant au lavage du cerveau, les mesures se contredisent selon la technique employée, et certaines équipes trouvent l'évacuation plus lente pendant le sommeil que pendant l'éveil. Surtout, le sommeil n'est pas une chose : il change de forme selon l'espèce, le dauphin dormant d'un hémisphère à la fois, l'oiseau migrateur dormant en vol par fragments de quelques secondes. Une fonction unique devrait valoir pour toutes ces formes, et aucune n'y parvient. Aucune des deux ne dit non plus pourquoi le sommeil s'accompagne d'une perte de conscience : on pourrait consolider des souvenirs et laver un cerveau sans cesser de percevoir le monde, et c'est justement ce que le dormeur ne fait pas. La plupart des chercheurs admettent donc que le sommeil remplit plusieurs offices à la fois, dont certains restent à trouver, et que la question posée depuis un siècle — à quoi sert le sommeil, au singulier — pourrait être mal formée.
Questions
Relire le texte, le doigt sur les phrases
Les six questions sont faites. Relisez maintenant avec le doigt : chaque réponse a sa phrase dans le texte.
Exercices
Exercice 1
D'après le premier paragraphe, quel constat a précédé tous les autres dans l'étude du sommeil ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) Le fait que le sommeil expose l'animal endormi au danger
Corrigé :
Option 1 — C'est la réponse, pas le constat qui l'appelle. Le paragraphe la présente explicitement comme « la première réponse », et une réponse suppose une question déjà posée.
Option 2 — Cet abandon vient au troisième paragraphe. L'option est vraie dans le texte, mais dans un autre paragraphe que celui nommé — le piège le plus fréquent de l'épreuve.
Option 3 — Le paragraphe ouvre sur le coût du sommeil : l'animal endormi ne mange pas, ne surveille pas, se laisse approcher. C'est ce risque qui rend la conduite étonnante et qui ouvre la question. La chronologie demandée est celle du raisonnement, et son premier terme est l'énigme, jamais sa solution.
Option 4 — L'image de l'atelier ferme le paragraphe : elle illustre la réponse, elle ne la précède pas.
Exercice 2
D'après le deuxième paragraphe, laquelle de ces observations reposait sur une comparaison entre plusieurs espèces ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) Le lien entre la dépense énergétique d'un animal et la durée de son sommeil
Corrigé :
Option 1 — Mesure faite sur un dormeur, quel qu'il soit. Aucune comparaison entre espèces.
Option 2 — Comme la température, une mesure interne au dormeur.
Option 3 — Le rat privé de sommeil est comparé au rat privé de nourriture : deux traitements sur une même espèce, pas deux espèces.
Option 4 — C'est la deuxième observation, et le texte la construit exactement ainsi : la musaraigne contre l'éléphant, à masse égale. La question ne demande pas ce qui est vrai, mais par quel moyen chaque observation a été obtenue.
Exercice 3
« Elle » dans « elle s'est révélée dérisoire » (troisième paragraphe), c'est-à-dire ...
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) l'économie d'énergie réellement réalisée pendant une nuit de sommeil
Corrigé :
Option 1 — Le texte ne mesure pas la dépense de l'éveil, mais ce que le sommeil permet de ne pas dépenser.
Option 2 — Le pronom reprend le groupe qui le précède immédiatement dans la même phrase : « l'économie réellement réalisée pendant une nuit de sommeil humain ». Sur un renvoi, on remonte, on substitue, et on relit : la phrase obtenue tient.
Option 3 — Aucune durée n'est en jeu ici. L'option emprunte au sujet général du texte, pas à la phrase.
Option 4 — La tranche de pain sert de mesure à l'économie, elle n'est pas ce qui est mesuré. Le mot le plus mémorable de la phrase est ici l'appât.
Exercice 4
« Cette hypothèse » (troisième paragraphe), c'est-à-dire l'hypothèse selon laquelle ...
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) un liquide emporte pendant le sommeil des déchets que l'éveil accumule
Corrigé :
Option 1 — C'est l'explication du premier paragraphe, écartée au début du troisième. Un démonstratif ne renvoie pas à ce qu'on vient d'abandonner deux explications plus tôt.
Option 2 — C'est l'explication précédente, celle de la mémoire. Elle est bien dans le même paragraphe, mais « cette hypothèse » suit immédiatement le travail de l'équipe de Nedergaard.
Option 3 — Le démonstratif reprend la phrase qui le précède : l'élargissement des espaces et l'évacuation des déchets. La suite le confirme, puisqu'elle parle d'une « fonction de nettoyage ».
Option 4 — C'est la position du dernier paragraphe, donc en aval. Prendre un renvoi vers ce qui suit est l'erreur la plus coûteuse de cette famille de questions.
Exercice 5
D'après le texte, laquelle des affirmations suivantes est vraie à la fois pour l'explication par la consolidation de la mémoire et pour l'explication par le lavage du cerveau ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Toutes deux reposent sur des faits que le dernier paragraphe juge insuffisants à établir une fonction propre au sommeil
Corrigé :
Option 1 — Le dernier paragraphe leur oppose deux objections de même forme : le rejeu s'observe aussi hors du sommeil, et le lavage donne des mesures contradictoires. Dans les deux cas le fait tient, mais il ne prouve pas une fonction du sommeil. C'est ce que demande une question « à la fois pour l'une et pour l'autre » : ce qui reste quand on retire ce qui les distingue.
Option 2 — Le troisième paragraphe les place après le calcul qui ruine l'explication par l'économie : « une autre explication a pris la place ».
Option 3 — Le lavage a été observé chez la souris ; le texte ne décrit aucun trajet de l'humain vers l'animal.
Option 4 — Trop fort d'un cran, et le paragraphe le dit en toutes lettres : on ne rejette aucune des deux, on refuse d'y voir la réponse cherchée.
Exercice 6
D'après le dernier paragraphe, pourquoi le cas du dauphin et celui de l'oiseau migrateur sont-ils rapportés ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) Pour montrer que le sommeil prend des formes trop différentes pour qu'une fonction unique les couvre toutes
Corrigé :
Option 1 — Ni l'un ni l'autre ne se passe de sommeil : ils dorment autrement, l'un d'un hémisphère, l'autre par fragments. L'option force le texte d'un cran.
Option 2 — L'objection sur le lavage est ailleurs dans le paragraphe et porte sur des mesures contradictoires, pas sur une limite aux mammifères.
Option 3 — Aucune comparaison d'efficacité n'apparaît dans le texte.
Option 4 — Les deux exemples arrivent après « le sommeil n'est pas une chose », et la phrase suivante en tire la conséquence : une fonction unique devrait valoir pour toutes ces formes, et aucune n'y parvient. La question demande le rôle de ces exemples dans l'argument, pas ce qu'ils décrivent.
Exercice 7
Associez chaque explication du sommeil à l'observation qui l'a appuyée.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : L'économie d'énergie — La température et le cœur qui baissent pendant le sommeil · La consolidation de la mémoire — Les séquences de cellules qui se rejouent la nuit · Le nettoyage du cerveau — L'espace entre les cellules qui s'élargit chez la souris endormie
Corrigé :
Deuxième paragraphe pour l'économie ; troisième pour la mémoire (les enregistrements du cerveau endormi) et pour le nettoyage (l'équipe de Nedergaard).
Le piège : rattacher les mesures du cerveau à l'économie. Elles disent ce que le cerveau fait, pas ce que le corps gagne.
Exercice 8
D'après le troisième paragraphe, l'explication par la mémoire et celle par le nettoyage disent toutes deux ce que le corps gagne à s'immobiliser huit heures.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Faux
Corrigé :
« aucune ne dit ce que le corps gagne à s'immobiliser huit heures, toutes deux disent ce que le cerveau y fait ».
Faux. Le texte dit exactement l'inverse : le corps reste sans réponse, seul le cerveau en reçoit une.
Exercice 9
D'après le dernier paragraphe, rangez chaque phrase : le texte la dit-il ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Le rejeu des séquences apprises se voit aussi chez l'animal éveillé — Le texte le dit · Certaines équipes trouvent l'évacuation plus lente pendant le sommeil — Le texte le dit · Le dauphin dort d'un hémisphère à la fois — Le texte le dit · Les spécialistes rejettent l'explication par la mémoire — Il ne le dit pas · Le sommeil n'a aucune fonction — Il ne le dit pas · L'oiseau migrateur ne dort jamais en vol — Il ne le dit pas
Corrigé :
Le rejeu chez l'éveillé, l'évacuation plus lente, le dauphin : trois phrases du paragraphe.
Les spécialistes ne rejettent aucune des deux ; le sommeil remplit plusieurs offices ; l'oiseau dort en vol, par fragments.
Le piège : « ne pas tenir pour LA réponse » n'est pas « rejeter ».
Exercice 10
D'après le premier paragraphe, à quoi la première réponse compare-t-elle le sommeil ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) À l'arrêt nocturne d'un atelier
Corrigé :
Option 1 — « Dormir serait au corps ce qu'est à une machine l'arrêt nocturne de l'atelier. »
Option 2 — La tranche de pain est au troisième paragraphe, et elle sert à ruiner l'économie : vraie, mais ailleurs, et dans l'autre camp.
Option 3 — C'est le constat du coût du sommeil, qui ouvre la question — pas l'image de la réponse.
Option 4 — C'est l'explication de Nedergaard, au troisième paragraphe.
Le piège : la tranche de pain. Le mot évoque l'économie, mais il vient du camp qui la réfute.