Au format de l'examen : six questions, six minutes. Ouvrez la question 1 avant le texte, et arrêtez-vous dès que vous tenez la réponse. Les questions suivent les paragraphes dans l'ordre.
Le texte ci-dessous est original, écrit au format de l'examen. Il porte l'architecture la plus fréquente de l'épreuve : une thèse ancienne, un renversement, un contre-renversement, et un état actuel qui relit les mêmes faits à l'envers. Les six questions le parcourent dans l'ordre : après chacune, notez qui soutient quoi — c'est cette liste, et non le sujet, que la dernière question vous réclamera.
Texte
Les premières grottes ornées d'Europe ont été peintes il y a plus de trente mille ans, et personne ne les a revues pendant des millénaires. Lorsqu'un propriétaire terrien espagnol signala en 1879 les bisons peints au plafond d'une grotte de sa propriété, à Altamira, les savants de son temps refusèrent d'y croire : une peinture aussi maîtrisée ne pouvait pas, selon eux, être l'œuvre d'hommes préhistoriques. Il fallut attendre le début du vingtième siècle et la mise au jour d'autres parois ornées pour que l'ancienneté de ces images soit enfin admise. La question changea alors de nature : non plus quand, mais pourquoi. L'explication qui s'imposa pour un demi-siècle fut celle de l'abbé Henri Breuil, qui vit dans ces parois une magie de la chasse — représenter la bête, c'était s'en assurer d'avance la prise.
Trois observations soutenaient cette explication, et Breuil les rappelait toujours ensemble. D'abord l'emplacement : les grands panneaux peints se trouvent le plus souvent loin de l'entrée, dans des salles où personne n'habitait et où l'on n'accédait qu'en rampant, une lampe à la main. Des images faites pour être montrées au groupe entier auraient été peintes près du jour ; celles-là ne pouvaient servir qu'à un rite accompli à l'écart. Ensuite les marques : certaines figures portent des traits gravés, des impacts, parfois des sagaies dessinées sur le flanc de l'animal, comme si la chasse était jouée sur la paroi avant de l'être dans la plaine. Enfin le choix des espèces : ce sont presque toujours de grands herbivores — chevaux, bisons, aurochs, mammouths —, le gibier dont dépendait la survie du groupe, et jamais les oiseaux ni les poissons. Chacun de ces trois indices restait faible pris à part ; ensemble ils dessinaient une pratique cohérente, et c'est ce faisceau qui emporta l'adhésion.
Les préhistoriens de la seconde moitié du vingtième siècle ont défait le faisceau. André Leroi-Gourhan opposa d'abord au troisième indice un fait que personne n'avait mis en face de lui : les os abandonnés dans les foyers de ces mêmes hommes sont en immense majorité des os de renne, alors que le renne est presque absent des parois. Cela signifiait qu'on ne peignait pas ce qu'on chassait, et l'indice se retournait contre celui qui l'invoquait. Leroi-Gourhan proposa autre chose : en relevant la position de chaque figure dans des dizaines de grottes, il crut voir que la répartition n'a rien d'un hasard — certaines espèces tiennent les panneaux centraux, d'autres les diverticules et le fond — et il conclut que la grotte était ordonnée comme un système de signes, non comme un magasin de vœux de chasseur. Cette lecture domina la recherche jusqu'aux années 1990, où Jean Clottes et David Lewis-Williams relancèrent une explication religieuse : une partie des signes géométriques peints sur les parois ressemble, selon eux, aux formes que le cerveau humain produit dans les états de conscience modifiés, et le relief naturel de la roche est si souvent intégré aux animaux — une bosse qui devient une épaule, une fissure qui devient une ligne de dos — que la paroi elle-même aurait été tenue pour le passage vers un autre monde.
Ces deux témoignages ont rendu de l'intérêt à une lecture religieuse des grottes, mais la plupart des préhistoriens l'ont écartée à leur tour, et précisément sur eux. Que le cerveau humain produise partout les mêmes figures géométriques n'explique rien de particulier au Paléolithique : une cause qui vaut pour tous les hommes de tous les temps ne rend compte d'aucune époque en propre, et sûrement pas de la décision de descendre peindre à deux cents mètres sous terre. Quant au relief de la roche épousé par le dessin, il témoigne d'un métier — d'un peintre qui regarde son support — plutôt que d'une transe. Reste enfin ce que les trois explications ont en commun d'avoir sous-estimé : l'art des grottes ne forme pas un ensemble. Il s'étale sur plus de vingt millénaires et sur des centaines de sites, soit plus de temps qu'il n'en sépare les premiers villages de nos propres villes. Demander à quoi il servait, au singulier, revient donc peut-être à poser une question sans objet. Tous s'accordent aujourd'hui à dire que ces images comptaient, pour ceux qui les ont faites, bien au-delà de l'ornement ; la plupart estiment qu'aucune explication unique ne les couvrira toutes.
Questions
Avant de répondre : en une phrase chacune, quelles sont les trois explications proposées, et dans quel ordre sont-elles venues ?
Voir la réponse et le corrigé
La magie de la chasse (Breuil), la grotte comme système de signes (Leroi-Gourhan), puis la lecture religieuse par les états de conscience modifiés (Clottes et Lewis-Williams) — dans cet ordre. Le dernier paragraphe n'en ajoute pas une quatrième : il dit qu'aucune ne vaut pour l'ensemble.
Relire le texte, le doigt sur les phrases
Les six questions sont faites. Relisez maintenant avec le doigt : chaque réponse a sa phrase dans le texte.
Exercices
Exercice 1
D'après le premier paragraphe, lequel des événements suivants s'est produit en premier ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Des hommes peignent les premières parois ornées d'Europe
Corrigé :
Option 1 — Le paragraphe ouvre en disant que ces parois ont été peintes il y a plus de trente mille ans et que personne ne les avait revues depuis. Tout le reste — la découverte, le refus, l'admission, l'explication — vient après. C'est le piège classique de la question de chronologie : l'événement le plus ancien est celui que la phrase d'ouverture pose comme décor.
Option 2 — L'admission suit le signalement, puisqu'il a d'abord fallu refuser d'y croire, puis attendre d'autres découvertes.
Option 3 — Le signalement est le premier événement rapporté par le paragraphe, mais pas le premier à s'être produit : la question porte sur les faits, pas sur l'ordre du récit.
Option 4 — Breuil vient en dernier : il explique des images déjà reconnues comme préhistoriques, donc après l'admission du deuxième événement.
Exercice 2
D'après le deuxième paragraphe, laquelle de ces observations indiquait, selon Breuil, que les peintures n'étaient pas destinées à être montrées au groupe entier ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) La distance qui sépare les panneaux peints de l'entrée de la grotte
Corrigé :
Option 1 — Les marques servent l'idée que la chasse était jouée sur la paroi. Elles ne disent rien du public de ces images.
Option 2 — C'est l'argument explicite : des images faites pour être montrées auraient été peintes près du jour ; celles-là sont au bout de salles où l'on n'accède qu'en rampant. La question demande quel indice porte quelle conclusion : trois indices, trois conclusions différentes, et un seul répond.
Option 3 — Le choix des espèces sert le troisième indice, celui du gibier vital. Rien à voir avec le fait d'être vu ou non.
Option 4 — La maîtrise technique apparaît au premier paragraphe, dans la bouche des savants qui refusaient d'y croire — pas dans les trois indices de Breuil. Une option juste au mauvais endroit reste fausse.
Exercice 3
« Cela » (troisième paragraphe), c'est-à-dire ...
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) le fait que le renne domine les os des foyers alors qu'il est presque absent des parois
Corrigé :
Option 1 — Le texte ne dit rien de ce que Breuil a examiné. Il oppose un fait à son indice, pas un reproche à sa méthode.
Option 2 — Distance jamais mentionnée. L'option emprunte un mot au deuxième paragraphe pour paraître familière.
Option 3 — C'est une conséquence possible, pas le fait désigné. Le texte compare deux relevés ; il ne dit pas que les chevaux et les bisons étaient peu chassés.
Option 4 — « Cela » reprend la phrase qui précède immédiatement, et rien d'autre : l'écart entre les os des foyers et les espèces des parois. Sur un renvoi, la règle est mécanique — on remonte à la phrase d'avant et on vérifie que la suite (« on ne peignait pas ce qu'on chassait ») en découle.
Exercice 4
« Cette lecture » (troisième paragraphe), c'est-à-dire la lecture selon laquelle ...
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) la place de chaque figure dans la grotte obéit à un ordre, comme dans un système de signes
Corrigé :
Option 1 — « Cette lecture » reprend la conclusion de Leroi-Gourhan énoncée juste avant : la grotte ordonnée comme un système de signes. La suite le confirme — elle « domina jusqu'aux années 1990 », date à laquelle Clottes et Lewis-Williams proposent autre chose.
Option 2 — Le texte affirme le contraire : les os disent le renne, les parois disent le cheval et le bison.
Option 3 — C'est la thèse de Breuil, que le paragraphe vient justement de renverser. « Cette lecture » ne peut pas désigner ce qu'on abandonne au moment où on lui cherche un successeur.
Option 4 — C'est ce qui vient après, chez Clottes et Lewis-Williams. Un démonstratif renvoie à ce qui précède, jamais à ce qui suit : c'est l'erreur la plus fréquente sur ce type de question.
Exercice 5
D'après le texte, laquelle des affirmations suivantes est vraie à la fois pour les traits gravés sur certaines figures et pour la position de chaque figure dans la grotte ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) Les deux sont des observations faites sur les parois, dont une explication au moins s'est réclamée
Corrigé :
Option 1 — Vrai des traits gravés, faux de la position des figures : le relevé des positions est l'argument de Leroi-Gourhan contre Breuil.
Option 2 — Vrai de la position des figures, faux des traits gravés, que Breuil invoquait bien avant lui.
Option 3 — Les traits gravés appuient la magie de la chasse, le relevé des positions appuie la lecture par système de signes. Deux observations de terrain, deux camps — mais la même nature. C'est ce que demande une question « à la fois pour l'un et pour l'autre » : ce qui reste vrai quand on retire ce qui les oppose.
Option 4 — Le texte dit l'inverse pour les panneaux peints, qui se trouvent le plus souvent loin de l'entrée.
Exercice 6
D'après le dernier paragraphe, que pense la plupart des préhistoriens d'aujourd'hui des deux témoignages avancés par Clottes et Lewis-Williams ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) Ils les tiennent pour exacts, mais estiment qu'ils n'expliquent rien qui soit propre à l'art des grottes
Corrigé :
Option 1 — Trop fort, et jamais écrit. Le paragraphe conteste ce que ces observations prouvent, pas qu'elles existent : c'est le contresens que la question guette.
Option 2 — Les faits ne sont pas contestés, leur portée l'est : des figures que tous les cerveaux produisent n'expliquent aucune époque en propre, et un relief épousé par le dessin témoigne d'un métier. Deux fois la même forme d'objection — le témoignage est réel, mais il vaudrait pour n'importe qui.
Option 3 — Renverse la conclusion. Le paragraphe se termine sur l'idée qu'aucune explication unique ne conviendra, pas sur une fonction religieuse à géométrie variable.
Option 4 — La durée sert un autre argument, et de sens opposé : les vingt millénaires disent que l'art des grottes ne forme pas un ensemble, non que la thèse vaudrait pour sa fin.
Exercice 7
Associez chaque preuve à l'explication qu'elle appuie.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Les panneaux peints loin de l'entrée — La magie de la chasse (Breuil) · La place réglée de chaque espèce dans la grotte — Le système de signes (Leroi-Gourhan) · Le relief de la roche intégré aux animaux — Le passage vers un autre monde (Clottes et Lewis-Williams)
Corrigé :
L'emplacement est le premier indice de Breuil ; la répartition des espèces fonde le système de signes ; le relief épousé fonde la lecture religieuse de Clottes et Lewis-Williams.
Le piège : croire que toute observation des parois sert Breuil. Chaque camp a ses propres preuves.
Exercice 8
D'après le dernier paragraphe, les préhistoriens d'aujourd'hui tiennent ces images pour de simples ornements.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Faux
Corrigé :
« Tous s'accordent aujourd'hui à dire que ces images comptaient, pour ceux qui les ont faites, bien au-delà de l'ornement. »
Faux. Le texte dit qu'aucune explication unique ne suffit — pas que les images ne servaient à rien.
Exercice 9
D'après le troisième paragraphe, rangez chaque phrase : le texte la dit-il ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Le renne est presque absent des parois — Le texte le dit · Leroi-Gourhan a relevé la position des figures dans des dizaines de grottes — Le texte le dit · La lecture de Leroi-Gourhan a dominé jusqu'aux années 1990 — Le texte le dit · Leroi-Gourhan a prouvé que la répartition des figures n'a rien d'un hasard — Il ne le dit pas · Clottes et Lewis-Williams ont abandonné toute lecture religieuse — Il ne le dit pas · Les chasseurs peignaient surtout le renne — Il ne le dit pas
Corrigé :
Les trois premières phrases reprennent le paragraphe presque mot pour mot.
« Il crut voir » n'est pas « il a prouvé » ; Clottes et Lewis-Williams relancent la lecture religieuse ; et le renne est justement presque absent des parois.
Le piège : « prouvé » pour « crut voir ». Un cran de trop suffit à sortir du texte.
Exercice 10
Dans le dernier paragraphe, que fait la phrase « Il s'étale sur plus de vingt millénaires et sur des centaines de sites » ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Elle appuie l'idée que l'art des grottes ne forme pas un ensemble
Corrigé :
Option 1 — La phrase d'avant pose que l'art des grottes « ne forme pas un ensemble » ; celle-ci en donne la preuve par la durée et le nombre des sites.
Option 2 — Le texte ne date jamais les grottes de Breuil. L'option invente un débat.
Option 3 — Le texte ne restreint aucune lecture à une partie de la période : il dit qu'aucune ne couvre l'ensemble.
Option 4 — Une durée n'est pas une date de fin, et le texte n'en donne aucune.
Une question de rôle : ne demandez pas ce que la phrase dit, demandez ce qu'elle fait pour la phrase d'avant.