Texte 8 — pourquoi le zèbre est-il rayé ?

Sur elev, cette leçon vient avec une vidéo, des exercices corrigés sur le moment et le suivi de ses progrès.

Pratiquer sur elev
Voir la vidéo de la leçon

Au format de l'examen : six questions, six minutes. Ouvrez la question 1 avant le texte, et arrêtez-vous dès que vous tenez la réponse. Les questions suivent les paragraphes dans l'ordre.

Le dernier texte du chapitre, et le seul dont le débat soit tranché. Il vous entraîne à ne pas plaquer la conclusion attendue : après sept textes qui finissent par « aucune explication ne suffit », celui-ci finit autrement, et la dernière question ne pardonne pas l'habitude.

Texte

La question paraît enfantine et elle a occupé la biologie pendant un siècle et demi : à quoi servent les rayures du zèbre ? Darwin et Wallace, qui s'accordaient sur presque tout, s'y sont opposés. Wallace tenait les rayures pour un camouflage, efficace dans les hautes herbes et sous la lumière brisée des acacias ; Darwin répondait qu'un animal aussi voyant en plein soleil ne se cache manifestement pas, et qu'il fallait chercher ailleurs. L'explication par le camouflage l'a pourtant emporté et s'est installée pour longtemps, en partie parce qu'elle était la seule à s'appuyer sur une fonction connue : toutes les autres livrées remarquables du monde animal servaient soit à disparaître, soit à séduire, et le zèbre devait bien entrer dans l'une des deux cases.

Deux raffinements l'ont soutenue et prolongée. Le premier tient à la lumière : le noir et le blanc juxtaposés brouillent le contour d'un corps, et à la tombée du jour, quand les prédateurs chassent, un animal rayé se détacherait moins nettement du fond qu'un animal uni. Le second déplace le camouflage de l'individu au groupe : dans un troupeau en fuite, les rayures se confondent d'une bête à l'autre, et le lion, qui doit choisir une proie et la suivre des yeux, perdrait la sienne dans la masse. Ce second raffinement était particulièrement séduisant, parce qu'il expliquait pourquoi les rayures sont larges et régulières plutôt que fines et brouillées, et parce qu'il rendait compte d'un fait bien établi : le zèbre vit en troupeau et fuit en groupe.

On a fini par mesurer ce que voit réellement un lion, et l'édifice a cédé. En reconstituant l'acuité visuelle des grands prédateurs africains et en calculant à quelle distance les rayures cessent d'être distinguées, des chercheurs ont montré qu'à la distance où le lion repère une proie, il ne voit déjà plus les bandes : il voit une masse grise, exactement comme il verrait un animal uni. Ce que les rayures font à l'œil humain, elles ne le font pas à l'œil qui compte. Deux explications de rechange ont alors été proposées. La première est sociale : chaque zèbre porte un dessin unique, et les rayures serviraient à la reconnaissance entre individus. La seconde est physique : le noir chauffe plus vite que le blanc, la différence de température créerait de petits courants d'air à la surface de la peau, et la robe rayée refroidirait l'animal. Ni l'une ni l'autre n'a résisté à la comparaison entre espèces, car les chevaux qui vivent dans les mêmes chaleurs ne sont pas rayés, et des animaux très grégaires se reconnaissent parfaitement sans dessin.

La réponse qui s'impose aujourd'hui est venue d'un tout autre côté, et d'une manière qui distingue ce cas de la plupart des débats de ce genre : par une expérience, non par un changement de regard sur les mêmes faits. Le biologiste Tim Caro a remarqué que la carte des espèces rayées coïncide étroitement avec celle des mouches piqueuses qui transmettent des maladies au bétail, mieux qu'avec la carte des lions ou celle des températures. Puis il a mis des couvertures rayées à des chevaux placés dans un même pré que des chevaux couverts d'uni, et filmé ce que faisaient les mouches : elles approchaient autant des deux, mais se posaient bien moins sur les rayés, freinant mal et se détournant au dernier moment. Le résultat a été retrouvé par plusieurs équipes, et la fonction est aujourd'hui tenue pour établie. Ce qui ne l'est pas, c'est le mécanisme : on ignore encore ce qui, dans une alternance de bandes, trompe l'insecte à l'instant de se poser. Et la question de départ garde une part d'ombre, car rien n'oblige une caractéristique à n'avoir qu'un seul effet — une robe qui éloigne les mouches peut, en même temps, faire autre chose que personne n'a encore mesuré.

Questions

Relire le texte, le doigt sur les phrases

Les six questions sont faites. Relisez maintenant avec le doigt : chaque réponse a sa phrase dans le texte.

Exercices

Exercice 1

D'après le premier paragraphe, pourquoi l'explication par le camouflage s'est-elle imposée malgré l'objection de Darwin ?

  1. Parce que Wallace disposait d'observations que Darwin ignorait
  2. Parce que les rayures sont effectivement invisibles dans les hautes herbes
  3. Parce qu'elle était la seule à rattacher les rayures à une fonction déjà connue chez d'autres animaux
  4. Parce que Darwin n'a jamais publié son objection
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : (3) Parce qu'elle était la seule à rattacher les rayures à une fonction déjà connue chez d'autres animaux

Corrigé :

×\times

Option 1 — Le texte ne fait état d'aucune observation de Wallace : il rapporte une opposition d'arguments, pas d'un état des données.

×\times

Option 2 — Le texte ne l'affirme jamais, et le troisième paragraphe montrera l'inverse pour l'œil qui compte.

✓\checkmark

Option 3 — Le paragraphe le dit : les autres livrées remarquables servaient « soit à disparaître, soit à séduire », et « le zèbre devait bien entrer dans l'une des deux cases ». La thèse l'a emporté par défaut de concurrente, non par force de preuve.

×\times

Option 4 — Son objection est rapportée dans le paragraphe même : elle a donc été connue.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 2

D'après le deuxième paragraphe, qu'est-ce que le second raffinement expliquait, et que le premier n'expliquait pas ?

  1. Que le zèbre vive en troupeau
  2. Que le noir et le blanc brouillent le contour d'un corps
  3. Que les prédateurs chassent à la tombée du jour
  4. Que les rayures soient larges et régulières plutôt que fines et brouillées
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : (4) Que les rayures soient larges et régulières plutôt que fines et brouillées

Corrigé :

×\times

Option 1 — La vie en troupeau est un fait que le raffinement utilise, pas un fait qu'il explique. La distinction est exactement ce que la question teste.

×\times

Option 2 — C'est le mécanisme du premier raffinement.

×\times

Option 3 — C'est une donnée du premier raffinement, et elle n'est pas expliquée non plus.

✓\checkmark

Option 4 — Le texte l'énonce comme le premier de ses deux avantages : il expliquait « pourquoi les rayures sont larges et régulières plutôt que fines et brouillées ». Le premier raffinement, qui joue sur la lumière, ne dit rien de la largeur des bandes.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 3

« l'œil qui compte » (troisième paragraphe), c'est-à-dire ...

  1. l'œil du zèbre, qui doit reconnaître ses congénères
  2. l'œil du prédateur, seul concerné par un camouflage
  3. l'œil du chercheur qui observe le troupeau
  4. l'œil de la mouche piqueuse
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : (2) l'œil du prédateur, seul concerné par un camouflage

Corrigé :

×\times

Option 1 — La reconnaissance entre zèbres vient plus loin, comme explication de rechange, et n'a rien à voir avec le camouflage discuté ici.

✓\checkmark

Option 2 — La phrase précédente est consacrée à ce que voit le lion. Une robe qui camoufle doit tromper celui qui chasse : c'est en ce sens que son œil est le seul « qui compte », par opposition à l'œil humain nommé juste avant.

×\times

Option 3 — Le chercheur mesure, il n'est pas celui qu'il s'agit de tromper.

×\times

Option 4 — La mouche n'apparaît qu'au paragraphe suivant. Prendre un renvoi vers l'aval est l'erreur la plus fréquente de cette famille.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 4

D'après le texte, laquelle des affirmations suivantes est vraie à la fois pour l'explication par la reconnaissance entre individus et pour l'explication par le refroidissement ?

  1. Les deux ont été écartées par une comparaison avec d'autres espèces
  2. Les deux ont été proposées avant que l'on mesure la vision des prédateurs
  3. Les deux ont été vérifiées par une expérience sur des chevaux
  4. Les deux supposent que les rayures agissent sur un prédateur
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : (1) Les deux ont été écartées par une comparaison avec d'autres espèces

Corrigé :

✓\checkmark

Option 1 — La dernière phrase du paragraphe les traite ensemble et de la même façon : « ni l'une ni l'autre n'a résisté à la comparaison entre espèces », les chevaux non rayés des mêmes chaleurs d'un côté, les animaux grégaires sans dessin de l'autre. Une objection, deux cibles.

×\times

Option 2 — Le texte les introduit après cette mesure : « deux explications de rechange ont alors été proposées ».

×\times

Option 3 — L'expérience sur les chevaux appartient au dernier paragraphe et porte sur les mouches.

×\times

Option 4 — Aucune des deux ne fait intervenir de prédateur : c'est même ce qui les distingue des explications précédentes.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 5

D'après le dernier paragraphe, quel rôle joue la comparaison entre la carte des espèces rayées et celle des mouches piqueuses ?

  1. Elle démontre à elle seule que les rayures éloignent les mouches
  2. Elle remplace l'expérience sur les chevaux, jugée peu concluante
  3. Elle oriente la recherche vers une hypothèse que l'expérience ira ensuite éprouver
  4. Elle explique par quel mécanisme les mouches sont gênées par les bandes
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : (3) Elle oriente la recherche vers une hypothèse que l'expérience ira ensuite éprouver

Corrigé :

×\times

Option 1 — Une coïncidence de cartes ne démontre rien, et le texte enchaîne d'ailleurs sur un « puis » qui introduit l'expérience — signe qu'il en fallait une.

×\times

Option 2 — L'expérience est au contraire présentée comme le moment décisif, et elle a été reproduite par plusieurs équipes.

✓\checkmark

Option 3 — L'ordre du paragraphe est celui-là : d'abord une coïncidence géographique meilleure que celle des lions et des températures, ensuite l'expérience des couvertures. La carte suggère, l'expérience établit.

×\times

Option 4 — Le mécanisme est justement ce que le paragraphe déclare inconnu.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 6

D'après le dernier paragraphe, en quoi ce débat se distingue-t-il de la plupart des débats du même genre ?

  1. Il portait sur une espèce unique plutôt que sur un groupe d'espèces
  2. Il a occupé les chercheurs plus longtemps que les autres
  3. Il s'est achevé sans qu'aucune explication ne l'emporte
  4. Il a été tranché par une expérience, et non par une nouvelle lecture des faits déjà connus
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : (4) Il a été tranché par une expérience, et non par une nouvelle lecture des faits déjà connus

Corrigé :

×\times

Option 1 — Le texte parle au contraire des « espèces rayées » au pluriel, et compare le zèbre au cheval.

×\times

Option 2 — La durée est mentionnée au premier paragraphe, et aucune comparaison de durée n'est faite avec d'autres débats.

×\times

Option 3 — L'inverse : la fonction est « aujourd'hui tenue pour établie ». C'est le mécanisme qui reste inconnu, ce qui n'est pas la même chose.

✓\checkmark

Option 4 — Le paragraphe l'annonce dès sa première phrase : la réponse est venue « par une expérience, non par un changement de regard sur les mêmes faits ». C'est ce qui distingue ce texte des précédents, où les mêmes preuves étaient relues autrement.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 7

Associez chaque explication des rayures à ce qui l'a fait tomber, ou tenir.

  • Le camouflage contre le lion
  • Le refroidissement
  • La protection contre les mouches
  • À la distance où il repère sa proie, le lion ne voit plus les bandes
  • Des couvertures rayées posées sur des chevaux
  • Les chevaux qui vivent dans les mêmes chaleurs ne sont pas rayés
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : Le camouflage contre le lion — À la distance où il repère sa proie, le lion ne voit plus les bandes · Le refroidissement — Les chevaux qui vivent dans les mêmes chaleurs ne sont pas rayés · La protection contre les mouches — Des couvertures rayées posées sur des chevaux

Corrigé :

⇒\Rightarrow

Le camouflage tombe sur une mesure de l'œil du lion ; le refroidissement, sur une comparaison entre espèces ; les mouches tiennent par une expérience.

Le piège : croire que toutes tombent de la même façon. Le texte distingue la mesure, la comparaison et l'expérience.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 8

D'après le dernier paragraphe, le mécanisme par lequel les rayures trompent les mouches est aujourd'hui établi.

Voir la réponse et le corrigé

Réponse : Faux

Corrigé :

⇒\Rightarrow

« la fonction est aujourd'hui tenue pour établie. Ce qui ne l'est pas, c'est le mécanisme ».

Faux. La fonction est établie ; le mécanisme ne l'est pas. L'option glisse de l'une à l'autre.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 9

D'après le deuxième paragraphe, rangez chaque phrase : le texte la dit-il ?

  • Le texte le dit
  • Il ne le dit pas
  • Dans un troupeau en fuite, les rayures se confondent d'une bête à l'autre
  • Le lion distingue les rayures de très loin
  • Le noir et le blanc juxtaposés brouillent le contour d'un corps
  • Le zèbre vit seul
  • Les prédateurs chassent à la tombée du jour
  • Wallace a proposé le second raffinement
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : Le noir et le blanc juxtaposés brouillent le contour d'un corps — Le texte le dit · Les prédateurs chassent à la tombée du jour — Le texte le dit · Dans un troupeau en fuite, les rayures se confondent d'une bête à l'autre — Le texte le dit · Le lion distingue les rayures de très loin — Il ne le dit pas · Le zèbre vit seul — Il ne le dit pas · Wallace a proposé le second raffinement — Il ne le dit pas

Corrigé :

⇒\Rightarrow

Le contour brouillé, la tombée du jour, le troupeau qui se confond : les deux raffinements.

⇒\Rightarrow

L'acuité du lion est au troisième paragraphe, et elle dit l'inverse ; le zèbre « vit en troupeau » ; aucun auteur n'est donné aux raffinements.

Le piège : Wallace. Son nom est dans le texte, mais pas à cet endroit.

Vérifier la réponse sur elev

Exercice 10

Que fait la dernière phrase du texte, « Et la question de départ garde une part d'ombre… » ?

  1. Elle nuance la conclusion : la fonction établie n'exclut pas d'autres effets
  2. Elle annule l'expérience de Caro
  3. Elle renvoie toutes les explications dos à dos
  4. Elle explique le mécanisme qui trompe les mouches
Voir la réponse et le corrigé

Réponse : (1) Elle nuance la conclusion : la fonction établie n'exclut pas d'autres effets

Corrigé :

✓\checkmark

Option 1 — « rien n'oblige une caractéristique à n'avoir qu'un seul effet » : la fonction tient, mais elle n'est peut-être pas la seule.

×\times

Option 2 — La phrase d'avant tient la fonction pour établie. Annuler est bien plus fort que garder une part d'ombre.

×\times

Option 3 — C'est la fin des sept autres textes, pas de celui-ci : le débat est tranché.

×\times

Option 4 — Le mécanisme est justement ce qu'on ignore encore.

Le piège : l'habitude. Après sept textes sans vainqueur, « dos à dos » sonne juste — et ne l'est pas ici.

Vérifier la réponse sur elev

La suite se pratique sur elev

Vidéos, exercices corrigés sur le moment et un parcours qui suit le rythme de votre enfant, pour tous les chapitres de sa classe.

Pratiquer sur elevDécouvrir elev pour cette classe