Au format de l'examen : six questions, six minutes. Ouvrez la question 1 avant le texte, et arrêtez-vous dès que vous tenez la réponse. Les questions suivent les paragraphes dans l'ordre.
Le dernier texte du chapitre, et le seul dont le débat soit tranché. Il vous entraîne à ne pas plaquer la conclusion attendue : après sept textes qui finissent par « aucune explication ne suffit », celui-ci finit autrement, et la dernière question ne pardonne pas l'habitude.
Texte
La question paraît enfantine et elle a occupé la biologie pendant un siècle et demi : à quoi servent les rayures du zèbre ? Darwin et Wallace, qui s'accordaient sur presque tout, s'y sont opposés. Wallace tenait les rayures pour un camouflage, efficace dans les hautes herbes et sous la lumière brisée des acacias ; Darwin répondait qu'un animal aussi voyant en plein soleil ne se cache manifestement pas, et qu'il fallait chercher ailleurs. L'explication par le camouflage l'a pourtant emporté et s'est installée pour longtemps, en partie parce qu'elle était la seule à s'appuyer sur une fonction connue : toutes les autres livrées remarquables du monde animal servaient soit à disparaître, soit à séduire, et le zèbre devait bien entrer dans l'une des deux cases.
Deux raffinements l'ont soutenue et prolongée. Le premier tient à la lumière : le noir et le blanc juxtaposés brouillent le contour d'un corps, et à la tombée du jour, quand les prédateurs chassent, un animal rayé se détacherait moins nettement du fond qu'un animal uni. Le second déplace le camouflage de l'individu au groupe : dans un troupeau en fuite, les rayures se confondent d'une bête à l'autre, et le lion, qui doit choisir une proie et la suivre des yeux, perdrait la sienne dans la masse. Ce second raffinement était particulièrement séduisant, parce qu'il expliquait pourquoi les rayures sont larges et régulières plutôt que fines et brouillées, et parce qu'il rendait compte d'un fait bien établi : le zèbre vit en troupeau et fuit en groupe.
On a fini par mesurer ce que voit réellement un lion, et l'édifice a cédé. En reconstituant l'acuité visuelle des grands prédateurs africains et en calculant à quelle distance les rayures cessent d'être distinguées, des chercheurs ont montré qu'à la distance où le lion repère une proie, il ne voit déjà plus les bandes : il voit une masse grise, exactement comme il verrait un animal uni. Ce que les rayures font à l'œil humain, elles ne le font pas à l'œil qui compte. Deux explications de rechange ont alors été proposées. La première est sociale : chaque zèbre porte un dessin unique, et les rayures serviraient à la reconnaissance entre individus. La seconde est physique : le noir chauffe plus vite que le blanc, la différence de température créerait de petits courants d'air à la surface de la peau, et la robe rayée refroidirait l'animal. Ni l'une ni l'autre n'a résisté à la comparaison entre espèces, car les chevaux qui vivent dans les mêmes chaleurs ne sont pas rayés, et des animaux très grégaires se reconnaissent parfaitement sans dessin.
La réponse qui s'impose aujourd'hui est venue d'un tout autre côté, et d'une manière qui distingue ce cas de la plupart des débats de ce genre : par une expérience, non par un changement de regard sur les mêmes faits. Le biologiste Tim Caro a remarqué que la carte des espèces rayées coïncide étroitement avec celle des mouches piqueuses qui transmettent des maladies au bétail, mieux qu'avec la carte des lions ou celle des températures. Puis il a mis des couvertures rayées à des chevaux placés dans un même pré que des chevaux couverts d'uni, et filmé ce que faisaient les mouches : elles approchaient autant des deux, mais se posaient bien moins sur les rayés, freinant mal et se détournant au dernier moment. Le résultat a été retrouvé par plusieurs équipes, et la fonction est aujourd'hui tenue pour établie. Ce qui ne l'est pas, c'est le mécanisme : on ignore encore ce qui, dans une alternance de bandes, trompe l'insecte à l'instant de se poser. Et la question de départ garde une part d'ombre, car rien n'oblige une caractéristique à n'avoir qu'un seul effet — une robe qui éloigne les mouches peut, en même temps, faire autre chose que personne n'a encore mesuré.
Questions
Relire le texte, le doigt sur les phrases
Les six questions sont faites. Relisez maintenant avec le doigt : chaque réponse a sa phrase dans le texte.
Exercices
Exercice 1
D'après le premier paragraphe, pourquoi l'explication par le camouflage s'est-elle imposée malgré l'objection de Darwin ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) Parce qu'elle était la seule à rattacher les rayures à une fonction déjà connue chez d'autres animaux
Corrigé :
Option 1 — Le texte ne fait état d'aucune observation de Wallace : il rapporte une opposition d'arguments, pas d'un état des données.
Option 2 — Le texte ne l'affirme jamais, et le troisième paragraphe montrera l'inverse pour l'œil qui compte.
Option 3 — Le paragraphe le dit : les autres livrées remarquables servaient « soit à disparaître, soit à séduire », et « le zèbre devait bien entrer dans l'une des deux cases ». La thèse l'a emporté par défaut de concurrente, non par force de preuve.
Option 4 — Son objection est rapportée dans le paragraphe même : elle a donc été connue.
Exercice 2
D'après le deuxième paragraphe, qu'est-ce que le second raffinement expliquait, et que le premier n'expliquait pas ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) Que les rayures soient larges et régulières plutôt que fines et brouillées
Corrigé :
Option 1 — La vie en troupeau est un fait que le raffinement utilise, pas un fait qu'il explique. La distinction est exactement ce que la question teste.
Option 2 — C'est le mécanisme du premier raffinement.
Option 3 — C'est une donnée du premier raffinement, et elle n'est pas expliquée non plus.
Option 4 — Le texte l'énonce comme le premier de ses deux avantages : il expliquait « pourquoi les rayures sont larges et régulières plutôt que fines et brouillées ». Le premier raffinement, qui joue sur la lumière, ne dit rien de la largeur des bandes.
Exercice 3
« l'œil qui compte » (troisième paragraphe), c'est-à-dire ...
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) l'œil du prédateur, seul concerné par un camouflage
Corrigé :
Option 1 — La reconnaissance entre zèbres vient plus loin, comme explication de rechange, et n'a rien à voir avec le camouflage discuté ici.
Option 2 — La phrase précédente est consacrée à ce que voit le lion. Une robe qui camoufle doit tromper celui qui chasse : c'est en ce sens que son œil est le seul « qui compte », par opposition à l'œil humain nommé juste avant.
Option 3 — Le chercheur mesure, il n'est pas celui qu'il s'agit de tromper.
Option 4 — La mouche n'apparaît qu'au paragraphe suivant. Prendre un renvoi vers l'aval est l'erreur la plus fréquente de cette famille.
Exercice 4
D'après le texte, laquelle des affirmations suivantes est vraie à la fois pour l'explication par la reconnaissance entre individus et pour l'explication par le refroidissement ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Les deux ont été écartées par une comparaison avec d'autres espèces
Corrigé :
Option 1 — La dernière phrase du paragraphe les traite ensemble et de la même façon : « ni l'une ni l'autre n'a résisté à la comparaison entre espèces », les chevaux non rayés des mêmes chaleurs d'un côté, les animaux grégaires sans dessin de l'autre. Une objection, deux cibles.
Option 2 — Le texte les introduit après cette mesure : « deux explications de rechange ont alors été proposées ».
Option 3 — L'expérience sur les chevaux appartient au dernier paragraphe et porte sur les mouches.
Option 4 — Aucune des deux ne fait intervenir de prédateur : c'est même ce qui les distingue des explications précédentes.
Exercice 5
D'après le dernier paragraphe, quel rôle joue la comparaison entre la carte des espèces rayées et celle des mouches piqueuses ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) Elle oriente la recherche vers une hypothèse que l'expérience ira ensuite éprouver
Corrigé :
Option 1 — Une coïncidence de cartes ne démontre rien, et le texte enchaîne d'ailleurs sur un « puis » qui introduit l'expérience — signe qu'il en fallait une.
Option 2 — L'expérience est au contraire présentée comme le moment décisif, et elle a été reproduite par plusieurs équipes.
Option 3 — L'ordre du paragraphe est celui-là : d'abord une coïncidence géographique meilleure que celle des lions et des températures, ensuite l'expérience des couvertures. La carte suggère, l'expérience établit.
Option 4 — Le mécanisme est justement ce que le paragraphe déclare inconnu.
Exercice 6
D'après le dernier paragraphe, en quoi ce débat se distingue-t-il de la plupart des débats du même genre ?
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Réponse : (4) Il a été tranché par une expérience, et non par une nouvelle lecture des faits déjà connus
Corrigé :
Option 1 — Le texte parle au contraire des « espèces rayées » au pluriel, et compare le zèbre au cheval.
Option 2 — La durée est mentionnée au premier paragraphe, et aucune comparaison de durée n'est faite avec d'autres débats.
Option 3 — L'inverse : la fonction est « aujourd'hui tenue pour établie ». C'est le mécanisme qui reste inconnu, ce qui n'est pas la même chose.
Option 4 — Le paragraphe l'annonce dès sa première phrase : la réponse est venue « par une expérience, non par un changement de regard sur les mêmes faits ». C'est ce qui distingue ce texte des précédents, où les mêmes preuves étaient relues autrement.
Exercice 7
Associez chaque explication des rayures à ce qui l'a fait tomber, ou tenir.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Le camouflage contre le lion — À la distance où il repère sa proie, le lion ne voit plus les bandes · Le refroidissement — Les chevaux qui vivent dans les mêmes chaleurs ne sont pas rayés · La protection contre les mouches — Des couvertures rayées posées sur des chevaux
Corrigé :
Le camouflage tombe sur une mesure de l'œil du lion ; le refroidissement, sur une comparaison entre espèces ; les mouches tiennent par une expérience.
Le piège : croire que toutes tombent de la même façon. Le texte distingue la mesure, la comparaison et l'expérience.
Exercice 8
D'après le dernier paragraphe, le mécanisme par lequel les rayures trompent les mouches est aujourd'hui établi.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Faux
Corrigé :
« la fonction est aujourd'hui tenue pour établie. Ce qui ne l'est pas, c'est le mécanisme ».
Faux. La fonction est établie ; le mécanisme ne l'est pas. L'option glisse de l'une à l'autre.
Exercice 9
D'après le deuxième paragraphe, rangez chaque phrase : le texte la dit-il ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Le noir et le blanc juxtaposés brouillent le contour d'un corps — Le texte le dit · Les prédateurs chassent à la tombée du jour — Le texte le dit · Dans un troupeau en fuite, les rayures se confondent d'une bête à l'autre — Le texte le dit · Le lion distingue les rayures de très loin — Il ne le dit pas · Le zèbre vit seul — Il ne le dit pas · Wallace a proposé le second raffinement — Il ne le dit pas
Corrigé :
Le contour brouillé, la tombée du jour, le troupeau qui se confond : les deux raffinements.
L'acuité du lion est au troisième paragraphe, et elle dit l'inverse ; le zèbre « vit en troupeau » ; aucun auteur n'est donné aux raffinements.
Le piège : Wallace. Son nom est dans le texte, mais pas à cet endroit.
Exercice 10
Que fait la dernière phrase du texte, « Et la question de départ garde une part d'ombre… » ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Elle nuance la conclusion : la fonction établie n'exclut pas d'autres effets
Corrigé :
Option 1 — « rien n'oblige une caractéristique à n'avoir qu'un seul effet » : la fonction tient, mais elle n'est peut-être pas la seule.
Option 2 — La phrase d'avant tient la fonction pour établie. Annuler est bien plus fort que garder une part d'ombre.
Option 3 — C'est la fin des sept autres textes, pas de celui-ci : le débat est tranché.
Option 4 — Le mécanisme est justement ce qu'on ignore encore.
Le piège : l'habitude. Après sept textes sans vainqueur, « dos à dos » sonne juste — et ne l'est pas ici.