La consigne : « Selon X, que voulait dire Y ? ».
C'est le paragraphe le plus long de la famille, et le plus régulier : quatre morceaux, toujours les mêmes, toujours dans le même ordre.
Le contexte — « Lors d'un débat sur… », « Interrogé sur son métier… ». Décor, à lire vite.
La formule — une phrase brève et frappante : « un vrai mathématicien est aussi un peu poète ». C'est elle qu'il s'agit d'expliquer.
La lecture courante — « selon beaucoup », « on y a vu l'idée que… ». Une interprétation naturelle, largement partagée.
Le tiers — « cependant », « pourtant », « objecte » : quelqu'un rejette la lecture courante et en propose une autre. C'est la seule qui compte.
La première réponse est éliminée d'avance
La question ne demande pas ce que la formule veut dire, ni ce qu'en pensent « beaucoup de gens ». Elle demande ce qu'en dit le tiers.
Or le tiers commence toujours par récuser la lecture courante. L'option qui reprend la lecture courante est donc fausse par construction — et elle est toujours là, parce qu'elle est la plus tentante.
Repérez le mot qui articule le paragraphe : « cependant », « pourtant », « or », « objecte ». Tout ce qui le précède est du matériel à écarter ; tout ce qui le suit est la réponse.
Deux phrases à isoler chez le tiers
Le tiers procède en deux temps, et son intervention contient donc deux phrases à traiter séparément. La première interdit, la seconde remplace.
« Il faut abandonner l'idée que… » — voilà ce qui est interdit. Toute option qui garde ce mot, ou cette idée, tombe, même si elle en fait bon usage.
« … permet simplement de… » — voilà le remplacement. C'est la nouvelle définition du mot clé, et la bonne option n'est rien d'autre que la formule relue avec elle.
Le dernier geste est mécanique : reprenez la formule, remplacez le mot clé par la définition du tiers, et lisez. La bonne option est cette phrase, écrite avec d'autres mots.
Les trois distracteurs de cette forme sont fabriqués avec le paragraphe lui-même, ce qui les rend familiers — et dangereux.
« Ce que beaucoup ont compris » au lieu de « Ce que le tiers a écrit » — La lecture courante est imprimée dans le paragraphe, en toutes lettres. On la reconnaît, on la coche, on perd le point.
« Le mot que le tiers a écarté » au lieu de « Le mot par lequel il le remplace » — Une option qui réutilise le terme interdit — inventer, décider, corriger — est fausse quel que soit le reste de la phrase.
« L'effet sur les autres » au lieu de « Ce que fait celui dont on parle » — Un distracteur classique déplace l'action vers autrui : le mathématicien éveillerait l'imagination des autres, au lieu de voir lui-même ce que les autres ne voient pas.
Le tiers propose une lecture qui vous paraît tirée par les cheveux, alors que la lecture courante est de bon sens. Que cochez-vous ?
Voir la réponse et le corrigé
La lecture du tiers. La question ne vous demande pas quelle interprétation est la meilleure, mais ce que le tiers a soutenu — son bon sens ne vous regarde pas.
Exercices
Exercice 1
Au cours d'un débat sur l'enseignement, la pédagogue Dahan a déclaré : « Un bon professeur est aussi un peu guide de montagne. » Beaucoup y ont vu l'idée qu'il faut marcher devant et montrer le chemin. Son ancien élève Cohen écrit pourtant : « Pour comprendre cette formule, il faut renoncer à l'image du guide qui marche en tête. Le guide règle son pas sur celui du plus lent, et choisit non pas le chemin le plus court, mais celui que le groupe entier peut tenir. » Selon Cohen, que voulait dire Dahan ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : D Le professeur, comme le guide, règle son allure sur les élèves les plus lents et choisit un parcours que la classe entière peut suivre
Corrigé :
« Le professeur, comme le guide, connaît le terrain bien… » — Vrai peut-être, écrit nulle part. Cohen ne parle jamais de ce que le guide connaît, seulement de la façon dont il règle sa marche.
« Le professeur, comme le guide, doit marcher devant sa… » — C'est la lecture courante, celle que Cohen écarte de sa première phrase. Elle est fausse par construction.
« Le professeur, comme le guide, règle son allure sur… » — C'est la réponse : les deux gestes que Cohen prête au guide, l'allure et le choix du parcours, transportés sur le professeur.
« Le professeur, comme le guide, doit mener sa classe au… » — Contraire au texte. Cohen oppose explicitement le chemin le plus court à celui que le groupe peut tenir.
La bonne réponse : « Le professeur, comme le guide, règle son allure sur… » — l'allure du plus lent, et le chemin tenable.
Exercice 2
Interrogé sur son métier, le traducteur Bensoussan a déclaré : « Traduire, c'est trahir un peu. » Beaucoup ont lu là un aveu d'impuissance. Sa consœur Amzallag écrit pourtant : « Il faut abandonner l'idée que trahir signifie ici échouer. On ne trahit que ce à quoi l'on doit fidélité, et le traducteur en doit à deux maîtres à la fois — la phrase de départ, le lecteur d'arrivée. Servir l'un, c'est manquer à l'autre. » Selon Amzallag, que voulait dire Bensoussan ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : C Le traducteur manque forcément à l'une de ses deux fidélités, puisqu'elles ne peuvent être tenues ensemble
Corrigé :
« Le traducteur manque forcément à l'une de ses deux… » — C'est la réponse : deux fidélités dues, impossibles à honorer ensemble, donc un manquement inévitable — la relecture exacte d'Amzallag.
« Le traducteur échoue toujours à rendre le texte qu'il… » — C'est la lecture courante, l'aveu d'impuissance, et c'est la première chose qu'Amzallag écarte.
« Le traducteur doit choisir une fois pour toutes de… » — Ajout. Amzallag décrit un conflit de fidélités ; elle ne prescrit aucun camp au traducteur.
« Le traducteur trahit son lecteur chaque fois qu'il… » — Une moitié de la réponse. Le conflit vaut dans les deux sens, et cette option en oublie un — servir le lecteur manque aussi à la phrase d'origine.
La bonne réponse : « Le traducteur manque forcément à l'une de ses deux… » — deux fidélités que rien ne permet de tenir ensemble.
Exercice 3
À propos du dessin de presse, la critique Sarfati a écrit : « Le bon caricaturiste ne déforme pas, il redresse. » Beaucoup ont compris qu'il fallait dessiner ses modèles avec exactitude. L'historien Malka objecte : « Redresser ne veut pas dire dessiner juste. Un visage porte des traits que la politesse ordinaire oblige à taire ; le caricaturiste les remet d'aplomb, c'est-à-dire les rend enfin visibles à ceux qui les voyaient sans les regarder. » Selon Malka, que voulait dire Sarfati ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : C Le caricaturiste rend visibles des traits déjà présents, que l'usage ordinaire conduisait à ne pas regarder
Corrigé :
« Le caricaturiste corrige les défauts de ses modèles… » — Contresens sur « redresser ». Chez Malka, le caricaturiste rend un trait visible ; il ne l'efface pas et n'embellit personne.
« Le caricaturiste rend visibles des traits déjà… » — C'est la réponse : les traits existent déjà, la politesse les taisait, le dessin les remet en vue — les trois pièces de la phrase de Malka.
« Le caricaturiste doit représenter ses modèles avec la… » — C'est la lecture courante, que Malka écarte par sa première phrase.
« Le caricaturiste invente des traits absents du modèle… » — Contraire à la formule elle-même, qui dit que le bon caricaturiste ne déforme pas.
La bonne réponse : « Le caricaturiste rend visibles des traits déjà… » — rendre visible ce qui était déjà là.
Exercice 4
Interrogée sur son métier, la cheffe Ohana a déclaré : « Cuisiner, c'est écouter. » Beaucoup y ont vu l'idée qu'il faut suivre les goûts des clients. Son second, Dayan, écrit pourtant : « Il ne s'agit pas des clients. Celui qui cuisine écoute le produit : il goûte, attend, et laisse l'ingrédient lui dire jusqu'où aller. » Affirmation : selon Dayan, Ohana voulait dire qu'un cuisinier doit suivre les goûts de ses clients.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Faux
Corrigé :
« Beaucoup y ont vu l'idée qu'il faut suivre les goûts des clients » : c'est la lecture courante.
Dayan l'écarte d'entrée : « Il ne s'agit pas des clients ».
Faux. La lecture courante est fausse par construction : le tiers commence par la récuser.
Exercice 5
Interrogée sur son métier, la cheffe Ohana a déclaré : « Cuisiner, c'est écouter. » Beaucoup y ont vu l'idée qu'il faut suivre les goûts des clients. Son second, Dayan, écrit pourtant : « Il ne s'agit pas des clients. Celui qui cuisine écoute le produit : il goûte, attend, et laisse l'ingrédient lui dire jusqu'où aller. » Affirmation : selon Dayan, Ohana voulait dire que le cuisinier règle sa cuisine sur ce que l'ingrédient lui révèle quand il le goûte.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Vrai
Corrigé :
Le remplacement de Dayan : « écouter » = goûter, attendre, laisser l'ingrédient dire jusqu'où aller.
La formule relue avec cette définition dit exactement l'affirmation.
Vrai. C'est la formule relue avec la définition du tiers.
Exercice 6
Rangez les morceaux de ce paragraphe dans l'ordre où ils viennent toujours.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Interrogée sur son métier, la cheffe Ohana a déclaré : · « Cuisiner, c'est écouter. » · Beaucoup y ont vu l'idée qu'il faut suivre les goûts des clients. · Son second, Dayan, écrit pourtant : « Il ne s'agit pas des clients… »
Corrigé :
Le contexte, puis la formule, puis la lecture courante, puis le tiers, qui commence par « pourtant ».
Le dernier morceau est le seul qui compte pour répondre.
Exercice 7
Interrogée sur son métier, la cheffe Ohana a déclaré : « Cuisiner, c'est écouter. » Beaucoup y ont vu l'idée qu'il faut suivre les goûts des clients. Son second, Dayan, écrit pourtant : « Il ne s'agit pas des clients. Celui qui cuisine écoute le produit : il goûte, attend, et laisse l'ingrédient lui dire jusqu'où aller. » Rangez chaque lecture de « Cuisiner, c'est écouter ».
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Le cuisinier goûte, et laisse l'ingrédient décider jusqu'où aller — Lecture de Dayan · Le cuisinier attend que le produit lui montre ce qu'il demande — Lecture de Dayan · Le cuisinier demande leur avis aux clients avant de composer un plat — Autre lecture · Le cuisinier impose sa recette, quel que soit le produit — Autre lecture · Le cuisinier apprend aux clients à écouter leur assiette — Autre lecture
Corrigé :
Dayan : écouter, c'est goûter, attendre, laisser l'ingrédient dire jusqu'où aller.
Les clients sont écartés ; imposer sa recette est le contraire d'écouter ; apprendre aux clients déplace l'action vers les autres.
Le piège : la lecture courante (les clients), toujours présente parce qu'elle est la plus tentante.
Exercice 8
À propos de la photographie, le critique Halimi a écrit : « Le bon photographe ne prend pas une image, il la reçoit. » Beaucoup ont compris qu'il fallait attendre patiemment le hasard. La photographe Amsellem objecte : « Recevoir ne veut pas dire attendre. On ne reçoit que ce à quoi l'on a préparé une place : le photographe choisit son lieu, sa lumière, son cadre, et c'est dans ce cadre préparé que l'instant vient se poser. » Selon Amsellem, que voulait dire Halimi ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : B Le photographe prépare le cadre où l'instant viendra se poser
Corrigé :
« Le photographe doit attendre que le hasard lui offre… » — La lecture courante, qu'Amsellem écarte d'entrée : « recevoir ne veut pas dire attendre ».
« Le photographe prépare le cadre où l'instant viendra… » — C'est la réponse : « recevoir », pour Amsellem, c'est préparer la place — lieu, lumière, cadre — où l'instant se pose.
« Le photographe doit prendre ses images sans rien… » — Le contraire de ce qu'Amsellem écrit : tout, chez elle, est préparé.
« Le photographe apprend à ses spectateurs à recevoir… » — L'action passe aux spectateurs : ce n'est plus le photographe qui reçoit.
La bonne réponse : « Le photographe prépare le cadre où l'instant… » — la formule relue avec la définition d'Amsellem.
Exercice 9
Au sujet de l'enseignement de la musique, la pianiste Biton a déclaré : « Un bon professeur de piano est aussi un peu horloger. » Beaucoup y ont vu un éloge de la précision rythmique. Son élève Mizrahi écrit pourtant : « Il faut renoncer à l'image de l'horloger qui fabrique. L'horloger répare : il ouvre, cherche la pièce qui grince, la règle, et rend la montre à son propriétaire. » Selon Mizrahi, que voulait dire Biton ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : B Le professeur cherche ce qui accroche dans le jeu de l'élève, le corrige, puis lui rend son jeu
Corrigé :
« Le professeur exige de ses élèves une précision… » — La lecture courante, que Mizrahi écarte par « pourtant ».
« Le professeur construit de toutes pièces le jeu de ses… » — Elle garde l'idée interdite : l'horloger qui fabrique.
« Le professeur cherche ce qui accroche dans le jeu de… » — C'est la réponse : réparer, c'est ouvrir, trouver ce qui grince, régler, et rendre — appliqué au jeu de l'élève.
« Le professeur donne envie à ses élèves de devenir… » — Un détour sans rapport avec ce que Mizrahi écrit.
La bonne réponse : « Le professeur cherche ce qui accroche… » — l'horloger qui répare, pas celui qui fabrique.
Exercice 10
À propos de la photographie, le critique Halimi a écrit : « Le bon photographe ne prend pas une image, il la reçoit. » Beaucoup ont compris qu'il fallait attendre patiemment le hasard. La photographe Amsellem objecte : « Recevoir ne veut pas dire attendre. On ne reçoit que ce à quoi l'on a préparé une place : le photographe choisit son lieu, sa lumière, son cadre, et c'est dans ce cadre préparé que l'instant vient se poser. » Associez chaque phrase du paragraphe à son rôle.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : « attendre patiemment le hasard » — Ce que beaucoup ont compris · « Recevoir ne veut pas dire attendre » — Ce que le tiers interdit · « On ne reçoit que ce à quoi l'on a préparé une place » — Ce par quoi le tiers remplace
Corrigé :
« Beaucoup ont compris » annonce la lecture courante.
« ne veut pas dire » interdit.
La phrase suivante donne la nouvelle définition.
Les deux phrases du tiers se traitent séparément : la première interdit, la seconde remplace.