Ce que le correcteur voit en premier
Un correcteur ne lit pas votre copie mot à mot : il la parcourt.
Ce qu'il voit d'abord, ce sont les mots de liaison. Avant le contenu, ils disent si le texte est construit ou posé en vrac.
C'est la seule partie de l'épreuve que vous pouvez préparer entièrement. Ces mots serviront à toutes vos rédactions.
Compté sur les six copies « bonnes » que publient les examens blancs : les liaisons les plus employées sont ainsi, donc, de plus et en effet. Rien d'exotique, rien de rare. Ce qui distingue une bonne copie, ce n'est pas le mot savant, c'est le mot juste, au bon endroit.
Opposer : le couple qui structure toute la copie
C'est la famille la plus importante : le sujet vous donne toujours deux camps.
Ces couples s'ouvrent et se referment. Le premier terme promet le second au lecteur ; l'oublier laisse la phrase en l'air.
D'un côté… de l'autre… — le plus simple et le plus sûr. Deux réalités qu'on met en balance.
D'une part… d'autre part… — même usage, ton un peu plus soutenu. Ne jamais écrire l'un sans l'autre.
Certains estiment que… D'autres soutiennent au contraire que… — pour attribuer chaque camp à quelqu'un, plutôt qu'à vous.
Il est vrai que… Toutefois… — la concession : on donne raison à l'adversaire une seconde, pour mieux lui répondre ensuite.
Certes… mais… — la même chose en plus court. Très efficace en tête du bloc où vous tranchez.
En revanche / au contraire / à l'inverse — pour marquer un renversement net entre deux phrases voisines.
Trois oppositions que l'on confond, et le correcteur les voit toutes les trois.
Ne pas écrire : « En fait, cette loi protège surtout les entreprises. » — écrire plutôt : « En effet, cette loi protège surtout les entreprises. » — En effet confirme ce qu'on vient de dire ; en fait corrige ce qu'on vient de dire. Le second annonce au lecteur que la phrase précédente était fausse — ce n'est presque jamais ce que vous vouliez dire.
Ne pas écrire : « Les partisans avancent la sécurité. Donc, ce chiffre n'a jamais été vérifié. » — écrire plutôt : « Les partisans avancent la sécurité. Or, ce chiffre n'a jamais été vérifié. » — Or introduit le fait qui va gêner ce qu'on vient de dire. Donc introduit une conséquence. Les échanger rend le raisonnement illisible, même quand chaque phrase est correcte.
Ne pas écrire : « D'une part, la ville gagne de la place. » — écrire plutôt : « D'une part, la ville gagne de la place. D'autre part, elle perd ses jardins. » — D'une part est une promesse faite au lecteur. Une copie qui l'ouvre sans jamais la refermer donne l'impression d'un paragraphe interrompu en chemin.
Ajouter : empiler sans répéter « et »
De plus — le plus courant, toujours correct, jamais élégant.
En outre — même sens, registre plus soutenu.
Par ailleurs — ajoute une idée d'un autre ordre, pas une deuxième raison du même type.
De surcroît — ajoute un argument qui aggrave, qui pèse en plus des précédents.
Qui plus est — même chose, très efficace en fin de paragraphe.
Non seulement… mais encore… — un seul couple pour deux idées liées entre elles.
Trois « de plus » dans la même copie se remarquent. Vous en aurez besoin de trois ou quatre en tout : prenez-les dans trois familles différentes, et le texte cesse de tourner en rond.
Expliquer : dire pourquoi
Parce que — à l'intérieur de la phrase, jamais en tête.
Car — même sens, un peu plus écrit.
En effet — en tête de la phrase qui justifie la précédente. Le plus utile des six.
Étant donné que / du fait que — pose une cause admise par tout le monde.
Dans la mesure où — une cause, avec une nuance de proportion.
En raison de + nom — la cause en trois mots, quand la phrase est déjà longue.
Tirer la conséquence
C'est ici que vit la formule que tout le monde connaît : c'est la raison pour laquelle.
Elle relie une cause déjà exposée à ce qui en découle. Elle vaut toujours mieux qu'un « donc » de plus.
C'est la raison pour laquelle — la plus utile, et la plus élégante des six.
C'est pourquoi — la même, en plus court.
Par conséquent — ton un peu administratif, parfait dans une conclusion.
Dès lors — la conséquence immédiate, presque logique.
Ainsi — conséquence ou illustration, selon la place. Le mot le plus employé des bonnes copies, et le plus ambigu.
Il en résulte que — pour la dernière conséquence d'une chaîne de raisons.
Illustrer : le mot qui sauve un argument
Par exemple — direct, jamais mal vu.
Ainsi — plus élégant en tête de phrase : « Ainsi, une petite librairie de quartier… »
À titre d'exemple — pour un cas que vous allez développer sur deux ou trois phrases.
C'est le cas de — quand l'exemple est une chose ou un lieu précis.
Il suffit de penser à — pour un exemple que le lecteur connaît déjà.
Notamment — pour resserrer sur un cas parmi beaucoup d'autres.
Chaque argument de votre copie doit porter un de ces six mots. C'est le contrôle le plus rapide qui existe : cherchez le mot d'exemple dans votre paragraphe. S'il n'y en a pas, l'argument n'est qu'une opinion écrite plus longuement.
Ouvrir et fermer la copie
De nos jours / depuis quelques années — l'ouverture la plus sûre, parce que ces sujets viennent presque toujours d'une évolution récente.
On peut dès lors se demander si… / La question se pose de savoir si… — la phrase qui pose le problème, à la fin de l'introduction.
Pour ma part, je pense que… — l'annonce de votre position. Une seule fois dans toute la copie.
Enfin — réservé au dernier argument, jamais à un autre.
Pour conclure / en définitive / en somme — l'entrée de la conclusion. Un seul, choisi d'avance.
Pour toutes ces raisons, il me semble que… — la phrase qui tranche, une fois pour toutes.
Deux habitudes scolaires qui font baisser une copie d'un cran.
Ne pas écrire : « Premièrement… Deuxièmement… Troisièmement… » — écrire plutôt : « D'une part… D'autre part… Enfin… » — La numérotation transforme la dissertation en liste. Elle dit au lecteur que vos idées sont posées à la file, et non reliées les unes aux autres.
Ne pas écrire : « Pour conclure, je vais conclure en disant que… » — écrire plutôt : « Pour conclure, il me semble préférable de… » — Annoncer qu'on va conclure prend une ligne entière et n'apporte rien. Vous en avez vingt-cinq : chacune doit dire quelque chose.
Vous écrivez : « Les grandes surfaces attirent par leurs prix. En effet, elles achètent en gros et paient donc moins cher chaque produit. » Vous voulez maintenant enchaîner sur l'idée que ces prix bas se paient par des employés moins bien traités. Quel mot ouvre la phrase suivante ?
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Or, ou toutefois. Vous ne cherchez ni à ajouter, ni à conclure : vous introduisez le fait qui gêne ce que vous venez d'expliquer, et c'est exactement le rôle de « or ». Un « de plus » ferait croire que la maltraitance des employés est une deuxième bonne raison d'acheter en grande surface — l'inverse de ce que vous voulez dire. Un « donc » ferait de cette maltraitance la conséquence des achats en gros, ce que vous n'avez pas démontré.
La liste que vous emportez
Six familles, un mot par famille appris par cœur, et vous êtes équipé pour n'importe quel sujet. Tout le reste est du confort.
Un candidat écrit : « Le centre-ville se vide le soir. Parce que les loyers y ont triplé. » Qu'est-ce qui ne va pas ?
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« Parce que » ne s'emploie jamais en tête de phrase : il vit à l'intérieur de la phrase. Écrivez « Le centre-ville se vide le soir, parce que les loyers y ont triplé », ou ouvrez la seconde phrase par « En effet, ».
Exercices
Exercice 1
« Beaucoup soutiennent que ces magasins créent des emplois. ____ , la plupart de ces postes disparaissent au bout de deux ans. » Quel mot convient ?
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Réponse : A Or
Corrigé :
En effet confirmerait la phrase précédente. Ici la seconde phrase ne confirme pas la création d'emplois : elle la met en doute.
Or introduit exactement le fait qui gêne ce qui vient d'être dit. C'est le mot de la contre-attaque, et c'est celui qui manque le plus souvent dans les copies francophones.
De plus ferait de la disparition des postes une deuxième bonne nouvelle. Le lecteur comprend l'inverse de ce que vous voulez dire.
Ainsi annonce une conséquence ou un exemple. La disparition des postes n'est ni l'une ni l'autre : c'est une objection.
Exercice 2
« Les petits commerces ferment les uns après les autres. ____ , ils ne peuvent pas s'aligner sur les prix des grandes chaînes. » Quel mot convient ?
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Réponse : B En effet
Corrigé :
Or annoncerait une objection. La seconde phrase n'objecte rien : elle explique la première.
En effet est le mot de la justification : la phrase qui suit dit pourquoi la précédente est vraie. C'est le rôle qu'il tient dans les six copies modèles, et il ouvre presque toujours une phrase.
En revanche marque un renversement entre deux réalités opposées. Ici les deux phrases vont dans le même sens.
Toutefois est une concession renversée, comme « or ». Même erreur, même effet sur le lecteur.
Exercice 3
Un candidat écrit : « D'une part, le permis protégerait les piétons les plus âgés. » Le paragraphe suivant commence par « Pour conclure ». Quel est le défaut ?
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Réponse : C « D'une part » ouvre un couple que rien ne referme : il manque le « d'autre part »
Corrigé :
« Le paragraphe est trop court pour une… » — La longueur n'est pas en cause ici ; le défaut serait le même dans un paragraphe de dix lignes.
« « D'une part » ouvre un couple que rien ne… » — « D'une part » est une promesse faite au lecteur : une deuxième part suit. Sans elle, le paragraphe paraît interrompu, et le correcteur lit une structure cassée là où il n'y avait qu'un mot mal choisi. Le remède coûte trois mots : « D'autre part, … »
« « Pour conclure » est trop familier à l'écrit » — « Pour conclure » est parfaitement admis, et c'est l'une des trois entrées de conclusion recommandées.
« Il aurait fallu écrire « premièrement » » — « Premièrement » ferait une liste numérotée, ce qui est justement l'habitude scolaire à éviter.
Exercice 4
Vous ouvrez le paragraphe où vous prenez position, juste après avoir exposé honnêtement le camp adverse. Quelle entrée fait le mieux le travail ?
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Réponse : C Il est vrai que ces craintes sont fondées ; toutefois, elles ne suffisent pas à écarter la règle.
Corrigé :
« De plus, je pense que cette mesure est… » — « De plus » ajoute une idée du même côté. Après le camp adverse, il ferait croire que votre position prolonge la sienne.
« Il est vrai que ces craintes sont fondées ;… » — C'est la concession refermée : on accorde une seconde à l'adversaire ce qu'il a de vrai, puis « toutefois » bascule. C'est la charnière de la copie, celle qui montre que vous avez pesé le camp adverse au lieu de l'ignorer.
« Par exemple, on peut voir que la situation est… » — « Par exemple » annonce une illustration, pas un changement de camp. Le lecteur attend un cas concret et reçoit une prise de position.
« Premièrement, il faut dire que la mesure a du… » — La numérotation fait une liste. Elle ne dit rien du rapport entre ce paragraphe et le précédent, alors que c'est précisément ce moment-là qu'il faut marquer.
Exercice 5
Lequel de ces passages prouve quelque chose, au lieu de l'affirmer plus longuement ?
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Réponse : D Le permis protégerait d'abord les piétons : ainsi, une femme de quatre-vingts ans frôlée deux fois sur son trottoir finit par ne plus sortir.
Corrigé :
« La mesure serait très utile, et elle… » — Deux affirmations vagues collées l'une à l'autre. « Très utile » et « beaucoup » ne se vérifient sur rien.
« Le permis protégerait d'abord les piétons :… » — Un argument, puis « ainsi » qui amène un cas concret que le lecteur peut se représenter. C'est le contrôle du mot d'exemple : il est là, donc le paragraphe prouve.
« Il est certain que cette mesure est nécessaire,… » — « Il est certain » et « personne ne peut le nier » ne sont pas des preuves : ce sont des façons d'interdire la contradiction, et un correcteur les lit comme un aveu de vide.
« Beaucoup de gens pensent aujourd'hui que ce… » — Le nombre de gens qui pensent une chose n'est pas une raison de la penser. C'est une observation, pas un argument.
Exercice 6
Pourquoi vaut-il mieux écrire « D'une part… D'autre part… Enfin… » que « Premièrement… Deuxièmement… Troisièmement… » ?
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Réponse : D Parce que la numérotation fait une liste, alors que la dissertation demande des idées reliées
Corrigé :
« Parce que la seconde série contient des fautes… » — Les deux séries sont correctement orthographiées. Ce n'est pas une question de faute.
« Parce que la numérotation fait une liste, alors… » — Numéroter, c'est dire au lecteur que les idées se suivent sans se répondre. Les couples de liaison, eux, portent un rapport : opposition, ajout, clôture. C'est ce rapport que l'épreuve note, et une liste ne le montre pas.
« Parce que la seconde série est interdite par la… » — La consigne n'interdit rien de tel. Elle demande des idées organisées, ce qui est un conseil de forme, pas une interdiction de vocabulaire.
« Parce que la première série est plus courte à… » — Elle est même plus longue. La brièveté n'a rien à voir avec le choix.
Exercice 7
« Par ailleurs » sert à ajouter une deuxième raison du même type que la précédente.
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Réponse : Faux
Corrigé :
« Par ailleurs » ajoute une idée d'un autre ordre : on change de terrain.
Pour une deuxième raison du même type, « de plus » ou « en outre » conviennent.
Faux. Le piège : prendre tous les mots d'ajout pour des synonymes. Chacun dit quel genre d'ajout il fait.
Exercice 8
Ce mot annonce-t-il une cause, ou une conséquence ?
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Réponse : car — Une cause · dès lors — Une conséquence · étant donné que — Une cause · c'est pourquoi — Une conséquence · dans la mesure où — Une cause · il en résulte que — Une conséquence · en raison de — Une cause · par conséquent — Une conséquence
Corrigé :
Car, étant donné que, dans la mesure où, en raison de : ils disent pourquoi, la cause.
Dès lors, c'est pourquoi, il en résulte que, par conséquent : ils disent ce qui en découle.
Le piège : « dès lors » et « dans la mesure où » se ressemblent par le ton. Le premier tire une conséquence, le second pose une cause.
Exercice 9
Associez chaque mot à ce qu'il fait dans la copie.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Or — introduit le fait qui gêne ce qui précède · En effet — justifie la phrase précédente · Par exemple — amène un cas concret · Enfin — ouvre le dernier argument · Il est vrai que — ouvre une concession
Corrigé :
« Or » gêne, « en effet » justifie, « par exemple » illustre.
« Enfin » est réservé au dernier argument ; « il est vrai que » concède avant un « toutefois ».
Le piège : « or » pris pour un « donc ». Le premier objecte, le second conclut.
Exercice 10
« En fait » et « en effet » sont interchangeables en tête d'une phrase qui justifie la précédente.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Faux
Corrigé :
« En effet » confirme ce qu'on vient de dire : c'est le mot de la justification.
« En fait » corrige ce qu'on vient de dire : il annonce que la phrase précédente était fausse.
Faux. Le piège : deux mots presque identiques à l'oreille, et des sens opposés.
Exercice 11
Rangez ces formules dans l'ordre où elles paraissent dans une copie.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : De nos jours · On peut dès lors se demander si · Pour ma part, je pense que · Enfin · Pour conclure
Corrigé :
L'ouverture (« de nos jours »), la question (« on peut dès lors se demander si »), la position (« pour ma part ») : l'introduction.
« Enfin » pour le dernier argument, puis « pour conclure » pour la conclusion.
Le piège : placer « enfin » ailleurs qu'au dernier argument. Il promet au lecteur que c'est le dernier.