Au format de l'examen : six questions, six minutes. Ouvrez la question 1 avant le texte, et arrêtez-vous dès que vous tenez la réponse. Les questions suivent les paragraphes dans l'ordre.
Deux des six questions de ce texte ne demandent pas ce qu'une phrase dit, mais ce qu'elle fait : appuyer, objecter, priver d'une condition. C'est la cinquième famille décrite dans l'unité de méthode, et elle revient souvent à l'examen.
Texte
Le chien est le premier animal que l'homme ait domestiqué, et de très loin : il partage nos campements des milliers d'années avant le mouton, avant le blé, avant le premier village. Tout le reste de l'élevage vient après l'agriculture ; le chien vient avant. Cette place à part a longtemps eu une explication simple, qu'on trouve encore dans la plupart des livres pour enfants : des chasseurs auraient recueilli des louveteaux, les auraient élevés au campement, puis auraient gardé pour la reproduction les plus dociles d'entre eux. Génération après génération, le loup serait devenu chien sous la main de l'homme. Le récit a l'avantage de placer une intention à l'origine : quelqu'un a voulu le chien, et l'a obtenu.
Trois arguments l'ont longtemps soutenu. Le premier est anatomique : on connaît des crânes anciens qui ne sont plus tout à fait ceux d'un loup et pas encore ceux d'un chien, museau raccourci, dents resserrées, comme les étapes attendues d'une transformation conduite. Le deuxième vient d'une expérience célèbre menée en Sibérie à partir des années cinquante par Dmitri Beliaïev, qui sélectionna des renards sur un seul critère, la tolérance à l'approche humaine : en quelques dizaines de générations, ces renards développèrent des oreilles tombantes, un pelage tacheté et un museau court, exactement les traits qui distinguent un chien d'un loup. La démonstration semblait faite qu'une sélection délibérée suffit à fabriquer un animal domestique. Le troisième argument est funéraire : on a mis au jour des sépultures où un homme et un chien sont enterrés ensemble, parfois la main posée sur l'animal, ce qui suppose un lien que nul ne noue avec un nuisible.
Le biologiste Raymond Coppinger a objecté que ce récit demande à des chasseurs nomades une chose qu'ils n'auraient pas faite : nourrir pendant des mois des portées de loups qui mangent beaucoup et ne rapportent rien. Il a proposé l'inverse d'une domestication voulue. Autour des campements s'accumulent des déchets ; les loups les moins craintifs s'en approchent de plus près ; ceux-là mangent mieux, se reproduisent davantage, et la sélection porte sur une seule variable, la distance à laquelle l'animal prend la fuite. Personne n'a rien décidé : le chien se serait fait tout seul, à la lisière des feux. Cette explication a dominé jusqu'à ce que la génétique des populations la mette en difficulté à son tour. L'analyse d'ADN prélevé sur des ossements anciens place en effet la séparation entre le loup et la lignée du chien bien avant les premiers campements durables, à une époque où les hommes se déplaçaient sans cesse et ne laissaient derrière eux aucun tas d'ordures assez stable pour nourrir une population de loups.
Aucun des trois récits n'est aujourd'hui tenu pour établi, et les mêmes preuves y sont pour beaucoup. Distinguer un crâne de vieux chien d'un crâne de loup de petite taille reste une affaire de jugement, et plusieurs fossiles présentés comme les plus anciens chiens ont changé de camp deux fois. L'expérience sur les renards prouve qu'une sélection sur la docilité produit vite ces traits, non qu'elle soit la seule à les produire — et les renards de Beliaïev provenaient d'élevages où l'on avait déjà, depuis longtemps, écarté les plus farouches. Quant aux dates tirées de l'ADN, elles dépendent d'une vitesse supposée des mutations, et un changement d'hypothèse les déplace de plusieurs millénaires. Ce que la plupart des spécialistes retiennent est plus modeste, et tient à la forme même de la question : la domestication n'est pas un événement mais un processus long, sans doute entamé plusieurs fois et interrompu autant de fois, et demander qui a fait le premier pas suppose qu'il y ait eu un pas.
Questions
Relire le texte, le doigt sur les phrases
Les six questions sont faites. Relisez maintenant avec le doigt : chaque réponse a sa phrase dans le texte.
Exercices
Exercice 1
D'après le premier paragraphe, quelle particularité du chien le distingue de tous les autres animaux domestiques ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) Il a été domestiqué avant l'apparition de l'agriculture
Corrigé :
Option 1 — Le texte ne compare jamais la dangerosité des ancêtres.
Option 2 — Les sépultures apparaissent au deuxième paragraphe, comme argument, et rien n'y dit qu'elles seraient propres au chien. Vraie ailleurs, l'option est fausse ici.
Option 3 — Le paragraphe le dit deux fois, et la seconde en fait sa formule : « tout le reste de l'élevage vient après l'agriculture ; le chien vient avant ». C'est cette antériorité qui lui donne « une place à part ».
Option 4 — Le premier paragraphe ne dit rien du nombre de régions ; la question du foyer unique n'affleure qu'au troisième.
Exercice 2
D'après le deuxième paragraphe, que l'expérience de Beliaïev était-elle censée démontrer ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) Qu'une sélection portant sur la seule docilité suffit à produire les traits d'un animal domestique
Corrigé :
Option 1 — Le renard sert de modèle, mais aucune équivalence entre les deux espèces n'est affirmée.
Option 2 — C'est l'idée de Coppinger, au paragraphe suivant. L'option place la bonne idée dans le mauvais camp — le piège des positions inversées.
Option 3 — L'ordre d'apparition des traits n'est pas discuté : la sélection porte sur le comportement, les traits physiques suivent, sans que le texte les mette en compétition.
Option 4 — Le texte l'énonce en conclusion de l'exemple : « la démonstration semblait faite qu'une sélection délibérée suffit à fabriquer un animal domestique ». Et le critère unique — la tolérance à l'approche — est ce qui fait toute la force de l'argument.
Exercice 3
« ceux-là » (troisième paragraphe), c'est-à-dire ...
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) les loups les moins craintifs, qui s'approchaient le plus près des déchets
Corrigé :
Option 1 — Les chasseurs de cette phrase sont précisément ceux dont Coppinger dit qu'ils n'auraient pas nourri de portées.
Option 2 — Le pronom reprend le groupe de la phrase précédente : « les loups les moins craintifs s'en approchent de plus près ». La suite le confirme, puisque ce sont eux qui « mangent mieux » et « se reproduisent davantage ».
Option 3 — L'exact inverse du groupe désigné. Une option qui retourne le renvoi est souvent la deuxième la plus choisie.
Option 4 — Aucune sélection conduite par l'homme n'intervient dans l'explication de Coppinger : c'est tout son propos.
Exercice 4
Quel est le rôle de la dernière phrase du troisième paragraphe, celle qui porte sur les dates tirées de l'ADN ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) Elle prive l'explication de Coppinger de la condition qu'elle suppose
Corrigé :
Option 1 — Elle est introduite par « la mette en difficulté à son tour » : c'est une objection, pas un appui.
Option 2 — Elle ne rétablit rien : le paragraphe suivant met en cause les trois récits, celui du premier paragraphe compris.
Option 3 — L'auto-domestication suppose des tas de déchets stables, donc des campements durables. Si la séparation entre loup et chien leur est très antérieure, la condition manque. Une question sur le rôle d'une phrase se règle en demandant ce qu'elle fait à l'argument, non ce qu'elle raconte.
Option 4 — Les renards appartiennent au paragraphe précédent. Une phrase ne peut pas annoncer ce qui a déjà été dit.
Exercice 5
D'après le texte, laquelle des affirmations suivantes est vraie à la fois pour les crânes anciens et pour les dates tirées de l'ADN ?
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Réponse : (1) Les deux donnent des résultats qui dépendent de choix faits par le chercheur, et que le dernier paragraphe met en cause pour cette raison
Corrigé :
Option 1 — Le dernier paragraphe leur adresse une objection de même forme : le crâne est « une affaire de jugement », la date de l'ADN « dépend d'une vitesse supposée des mutations ». Dans les deux cas, ce n'est pas la mesure qui est contestée, c'est ce qu'il a fallu décider pour l'obtenir.
Option 2 — Les crânes appuient le premier récit, l'ADN met en difficulté le deuxième, celui de Coppinger : ils ne servent ni le même camp ni dans le même sens.
Option 3 — Vrai de l'ADN seulement ; les crânes ne sont jamais situés par rapport aux campements.
Option 4 — Trop fort. Le paragraphe dit qu'aucun récit n'est établi, jamais que ces preuves sont sans valeur.
Exercice 6
D'après le dernier paragraphe, pourquoi la question de savoir « qui a fait le premier pas » est-elle jugée mal posée ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) Parce que la domestication est tenue pour un processus long et plusieurs fois recommencé, dont on ne peut isoler un commencement
Corrigé :
Option 1 — C'est l'objection des trois phrases précédentes, pas la conclusion. Le paragraphe finit par un reproche adressé à la question, non à l'état des preuves.
Option 2 — La séparation des deux lignées n'est jamais mise en doute ; c'est sa date qui l'est.
Option 3 — L'inverse : le paragraphe ouvre en disant qu'aucun récit n'est tenu pour établi.
Option 4 — La dernière phrase l'énonce : un processus « entamé plusieurs fois et interrompu autant de fois », et « demander qui a fait le premier pas suppose qu'il y ait eu un pas ». Le défaut n'est pas dans la réponse, il est dans le présupposé de la question.
Exercice 7
Associez chaque argument à la faiblesse que le dernier paragraphe lui trouve.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Les crânes intermédiaires — Les distinguer reste une affaire de jugement · L'expérience sur les renards — Les renards venaient d'élevages déjà sélectionnés · Les dates tirées de l'ADN — Elles dépendent d'une vitesse supposée des mutations
Corrigé :
Une phrase du dernier paragraphe par preuve, dans l'ordre : crânes, renards, ADN.
Le piège : la sélection des renards. L'objection ne nie pas le résultat ; elle dit que l'expérience ne partait pas de zéro.
Exercice 8
D'après le deuxième paragraphe, les sépultures communes supposent un lien entre l'homme et le chien.
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Réponse : Vrai
Corrigé :
« ce qui suppose un lien que nul ne noue avec un nuisible ».
Vrai. Le texte le dit de la sépulture, sans dire de quel lien il s'agit.
Exercice 9
D'après le troisième paragraphe, rangez chaque phrase : le texte la dit-il ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Des déchets s'accumulent autour des campements — Le texte le dit · Les loups les moins craintifs mangent mieux — Le texte le dit · La sélection porte sur la distance de fuite — Le texte le dit · Les chasseurs nourrissaient volontiers des louveteaux — Il ne le dit pas · Les premiers campements durables sont plus anciens que la séparation du loup et du chien — Il ne le dit pas · Coppinger a lui-même analysé l'ADN ancien — Il ne le dit pas
Corrigé :
Les déchets, les loups moins craintifs, la distance de fuite : le modèle de Coppinger.
Coppinger dit justement que les chasseurs ne l'auraient pas fait ; l'ADN place la séparation bien avant les campements ; et l'analyse de l'ADN n'est pas attribuée à Coppinger.
Le piège : l'ordre inversé des dates. « Bien avant » lu à l'envers fait une option fausse avec tous les mots justes.
Exercice 10
D'après le premier paragraphe, quel avantage a le récit des louveteaux recueillis par des chasseurs ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Il place une intention humaine à l'origine du chien
Corrigé :
Option 1 — « Le récit a l'avantage de placer une intention à l'origine : quelqu'un a voulu le chien, et l'a obtenu. »
Option 2 — Les crânes sont au deuxième paragraphe — et le dernier dit qu'ils restent « une affaire de jugement ».
Option 3 — Le dernier paragraphe dit l'inverse : aucun des trois récits n'est tenu pour établi.
Option 4 — L'expérience « semblait » faire la démonstration, et le dernier paragraphe la limite. « Confirmé » est plus fort que le texte.
Le piège : « confirmé ». Le texte a écrit « semblait », et un cran de trop suffit.