Au format de l'examen : six questions, six minutes. Ouvrez la question 1 avant le texte, et arrêtez-vous dès que vous tenez la réponse. Les questions suivent les paragraphes dans l'ordre.
Un texte d'histoire des techniques. Attention au troisième paragraphe : il porte deux mouvements, un renversement puis une objection à ce renversement. Deux questions s'y appuient, et l'une teste précisément si vous n'avez pas confondu les deux.
Texte
L'écriture apparaît en Mésopotamie à la fin du quatrième millénaire avant notre ère, sous la forme de petites tablettes d'argile couvertes de signes imprimés au roseau. C'est la plus ancienne que l'on connaisse, et pendant tout le dix-neuvième siècle sa naissance a reçu une explication qui allait de soi : l'écriture serait née du besoin de faire durer la parole. On écrit pour fixer ce qui doit survivre à celui qui le dit — une loi, une prière, le récit des origines. Cette explication tenait moins à un examen des tablettes qu'à une idée de ce que l'écriture est : l'instrument par lequel un peuple se donne une mémoire, et le seuil entre la préhistoire et l'histoire.
Trois observations la rendaient naturelle, et deux d'entre elles restent exactes. La première tient aux textes que l'on connaissait alors : les premiers déchiffrés étaient des hymnes, des listes de rois, une épopée, tous des textes qui demandent à durer. La deuxième tient au lieu : les écoles où l'on formait les scribes dépendaient des temples, et le métier d'écrire s'apprenait là où l'on servait les dieux. La troisième tient à la difficulté même de l'exercice : apprendre plusieurs centaines de signes coûte des années, et l'on voyait mal qu'un effort pareil ait été consenti pour autre chose que ce qu'une communauté tient pour sacré. Une écriture née au temple, enseignée au temple, servant d'abord des textes de temple : le raisonnement se refermait sur lui-même.
Il s'est ouvert quand on a cessé de lire les tablettes les plus belles pour dater les plus anciennes. Celles-là ne sont ni des hymnes ni des lois : ce sont des comptes. Des quantités d'orge, des têtes de bétail, des journées de travail, un nom de responsable, une somme. Rien qui demande à durer plus d'une saison. Denise Schmandt-Besserat a rattaché ces premières tablettes à un usage bien plus ancien qu'elles, celui de petits jetons d'argile de formes variées, enfermés par lots dans des boules scellées qui accompagnaient les livraisons : un jeton par unité livrée, et la boule brisée à l'arrivée pour vérifier le compte. Marquer sur la boule, avant de la sceller, l'empreinte des jetons qu'elle contenait rendait la boule elle-même inutile ; il ne restait que la surface marquée, et l'écriture était là. Cette reconstruction a déplacé la naissance de l'écriture du sanctuaire vers l'entrepôt. On lui a cependant opposé aussitôt un contre-exemple massif : la plus ancienne écriture chinoise connue apparaît sur des os chauffés pour la divination, où l'on grave la question posée et la réponse obtenue. Là, l'écriture naît bien dans un usage rituel.
La discussion actuelle ne tranche pas entre l'entrepôt et le sanctuaire, parce qu'elle a cessé de croire qu'il y avait un seul cas à trancher. L'écriture a été inventée au moins trois fois, en des lieux sans contact : en Mésopotamie, en Chine, en Amérique centrale. Une explication vraie devrait valoir pour les trois, et ni la comptabilité ni la divination n'y parviennent. Les mêmes faits se relisent alors autrement : ce que les trois foyers ont en commun n'est ni le grain ni le sacré, mais un pouvoir devenu trop grand pour la mémoire d'un homme — un pouvoir qui doit lever, redistribuer, désigner, et se souvenir de ce qu'il a fait l'an dernier. La comptabilité mésopotamienne et la divination chinoise apparaissent sous cet angle comme deux formes du même besoin d'archive, l'une tournée vers les biens, l'autre vers les décisions. Il reste que cette lecture rend compte des débuts sans rien dire de la suite : aucune des trois écritures n'est demeurée l'outil du pouvoir qui l'avait fait naître, et l'épopée que le dix-neuvième siècle croyait première est arrivée après, sur un instrument construit pour tout autre chose.
Questions
Relire le texte, le doigt sur les phrases
Les six questions sont faites. Relisez maintenant avec le doigt : chaque réponse a sa phrase dans le texte.
Exercices
Exercice 1
D'après le premier paragraphe, sur quoi reposait l'explication admise au dix-neuvième siècle ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Sur une idée de ce qu'est l'écriture, plus que sur l'examen des documents
Corrigé :
Option 1 — La phrase est explicite : « cette explication tenait moins à un examen des tablettes qu'à une idée de ce que l'écriture est ». La question porte sur le fondement d'une thèse, pas sur son contenu.
Option 2 — Le troisième paragraphe dit exactement le contraire : il a fallu cesser de lire les plus belles pour dater les plus anciennes. Cette lecture-là est justement ce qui manquait.
Option 3 — Les autres foyers n'apparaissent qu'au dernier paragraphe, et ils servent à défaire l'explication, non à la fonder.
Option 4 — Les écoles sont au deuxième paragraphe et servent d'appui secondaire ; le premier paragraphe n'en dit rien.
Exercice 2
D'après le deuxième paragraphe, quel argument reposait sur le coût de l'apprentissage ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) Le fait qu'un effort de plusieurs années ne se consent que pour ce qu'une communauté tient pour sacré
Corrigé :
Option 1 — C'est le premier argument, tiré de la nature des textes connus, pas de ce qu'ils coûtent à apprendre.
Option 2 — C'est le troisième : « apprendre plusieurs centaines de signes coûte des années », d'où l'on concluait que seul le sacré justifiait un tel effort. Trois arguments, trois appuis différents — la question demande lequel repose sur lequel.
Option 3 — C'est le deuxième, tiré du lieu.
Option 4 — La difficulté du tracé n'est jamais invoquée ; le texte parle du nombre de signes à retenir, ce qui n'est pas la même chose.
Exercice 3
« Cette reconstruction » (troisième paragraphe), c'est-à-dire ...
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) l'enchaînement qui mène des jetons scellés dans une boule aux signes tracés sur sa surface
Corrigé :
Option 1 — C'est la thèse du premier paragraphe, celle que le troisième vient renverser.
Option 2 — Le texte oppose « les plus belles » aux « plus anciennes » pour dire d'où venait l'erreur, il ne décrit aucun classement.
Option 3 — Cela vient après dans le paragraphe, et comme objection. Un démonstratif renvoie toujours en arrière.
Option 4 — Le démonstratif reprend ce qui vient d'être exposé : jetons, boule scellée, empreinte sur la surface, boule devenue inutile. Le texte le confirme aussitôt, puisque cette reconstruction « déplace la naissance de l'écriture du sanctuaire vers l'entrepôt ».
Exercice 4
D'après le texte, laquelle des affirmations suivantes est vraie à la fois pour les jetons d'argile et pour les os de divination chinois ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) Les deux sont invoqués dans le troisième paragraphe à propos de l'origine de l'écriture, et dans des sens opposés
Corrigé :
Option 1 — Vrai des jetons seulement. Les os chinois appartiennent à un autre foyer, sans contact avec celui-ci.
Option 2 — Le texte ne dit rien de l'état du déchiffrement.
Option 3 — Les jetons servent à faire naître l'écriture de la comptabilité ; les os servent à objecter qu'ailleurs elle naît d'un rite. Même paragraphe, même question, deux directions contraires — c'est ce que la formule « à la fois pour l'un et pour l'autre » cherche à faire voir.
Option 4 — Vrai des jetons ; les os enregistrent une question et une réponse, non des biens.
Exercice 5
D'après le dernier paragraphe, pourquoi ni la comptabilité ni la divination ne peuvent-elles expliquer la naissance de l'écriture ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Parce que l'écriture a été inventée au moins trois fois séparément, et qu'aucune des deux ne vaut pour les trois foyers
Corrigé :
Option 1 — Le raisonnement est donné en deux phrases : trois inventions sans contact, donc « une explication vraie devrait valoir pour les trois », et ni l'une ni l'autre n'y parvient. L'objection ne porte pas sur la justesse de chaque explication, mais sur sa portée.
Option 2 — L'ancienneté des documents n'est jamais mise en doute dans ce paragraphe.
Option 3 — C'est ce que le paragraphe conclut ensuite, une fois les deux explications dépassées : elles deviennent deux formes du même besoin d'archive. Prendre la conclusion pour la raison inverse l'ordre de l'argument.
Option 4 — Le texte dit « en des lieux sans contact » : l'option retourne exactement le mot du texte.
Exercice 6
D'après le dernier paragraphe, que faut-il penser de l'explication par le besoin d'archive d'un pouvoir ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (2) Elle rend compte des trois foyers, mais laisse sans réponse ce que l'écriture est devenue ensuite
Corrigé :
Option 1 — Le paragraphe la construit précisément pour couvrir les trois foyers : c'est son avantage sur les deux précédentes.
Option 2 — Les deux membres se lisent dans le paragraphe : elle réunit les trois foyers sous un même besoin, et « elle rend compte des débuts sans rien dire de la suite ». Une option de synthèse a presque toujours deux moitiés, et il faut vérifier les deux.
Option 3 — Le texte dit l'inverse dans sa dernière phrase : l'épopée « est arrivée après », sur un instrument fait pour autre chose.
Option 4 — Un cran trop fort. Le texte relève une limite de l'explication, il ne la déclare pas fausse — et cette limite concerne la suite, non les débuts qu'elle explique.
Exercice 7
Associez chaque appui de la thèse ancienne (deuxième paragraphe) à ce sur quoi il repose.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : La première observation — Les textes alors déchiffrés : hymnes, listes de rois, épopée · La deuxième observation — Les écoles de scribes, qui dépendaient des temples · La troisième observation — Le coût d'apprendre plusieurs centaines de signes
Corrigé :
Le paragraphe les numérote lui-même : « la première tient aux textes », « la deuxième tient au lieu », « la troisième tient à la difficulté ».
Le piège : confondre le lieu (le temple) et les textes (de temple). Le paragraphe les sépare, puis les réunit dans sa dernière phrase.
Exercice 8
D'après le dernier paragraphe, l'écriture a été inventée au moins trois fois, en des lieux qui étaient en contact.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Faux
Corrigé :
« L'écriture a été inventée au moins trois fois, en des lieux sans contact ».
Faux. Tout est juste sauf un mot — « en contact » pour « sans contact ». C'est ce mot qui rend les trois inventions indépendantes.
Exercice 9
D'après le dernier paragraphe, rangez chaque phrase : le texte la dit-il ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : L'écriture a aussi été inventée en Amérique centrale — Le texte le dit · Un pouvoir doit se souvenir de ce qu'il a fait l'an dernier — Le texte le dit · L'épopée est venue après les premières écritures — Le texte le dit · La divination explique les trois foyers — Il ne le dit pas · Chaque écriture est restée l'outil du pouvoir qui l'avait fait naître — Il ne le dit pas · L'écriture chinoise vient de Mésopotamie — Il ne le dit pas
Corrigé :
Amérique centrale, mémoire du pouvoir, épopée arrivée après : trois phrases du paragraphe.
« Ni la comptabilité ni la divination n'y parviennent » ; « aucune des trois écritures n'est demeurée l'outil » ; et les trois lieux sont « sans contact ».
Le piège : la divination. Le paragraphe la range sous le besoin d'archive, il ne lui donne pas les trois foyers.
Exercice 10
Que fait la dernière phrase du troisième paragraphe, « Là, l'écriture naît bien dans un usage rituel » ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Elle tire du contre-exemple chinois ce qu'il oppose à l'origine comptable
Corrigé :
Option 1 — Elle conclut l'objection : en Chine, l'écriture naît au rite, pas à l'entrepôt.
Option 2 — Elle parle d'un seul foyer, et le dernier paragraphe dit qu'aucune explication ne vaut pour les trois. Plus fort que le texte.
Option 3 — Elle dit l'inverse : un usage rituel.
Option 4 — Les boules sont plus haut dans le paragraphe, dans l'autre mouvement.
Le piège : le paragraphe a deux mouvements. Cette phrase appartient au second, l'objection.