Au format de l'examen : six questions, six minutes. Ouvrez la question 1 avant le texte, et arrêtez-vous dès que vous tenez la réponse. Les questions suivent les paragraphes dans l'ordre.
Trois explications se succèdent, et la troisième a ceci de particulier qu'elle ne met en cause personne. Notez, à chaque réponse trouvée, contre quoi la preuve est dirigée : certaines valent contre les deux explications précédentes à la fois.
Texte
Pendant plus de deux cent mille ans, l'Europe et le Proche-Orient ont été habités par une humanité qui n'est pas la nôtre. Les Néandertaliens y taillaient des outils, y enterraient parfois leurs morts, y ont traversé plusieurs glaciations. Puis, il y a environ quarante mille ans, ils disparaissent — et la date de leur disparition suit de peu celle de l'arrivée en Europe des premiers hommes venus d'Afrique. Une coïncidence aussi nette a longtemps suffi : nos ancêtres les auraient éliminés, par les armes ou par la concurrence, et l'affaire aurait été réglée en quelques siècles. Cette explication a d'autant mieux tenu qu'elle s'accordait à l'image qu'on se faisait de l'espèce disparue, celle d'une humanité lourde et lente, condamnée d'avance par plus habile qu'elle.
Trois séries d'arguments la soutenaient. Les dates d'abord : les derniers sites néandertaliens connus et les premiers sites de notre espèce en Europe paraissaient se succéder presque sans recouvrement, ce qui suggérait un remplacement rapide. Les outils ensuite : aux racloirs et aux pointes néandertaliens succèdent des lames fines, des harpons, des aiguilles à chas, un outillage plus varié et plus économe de matière. Le reste enfin, ou plutôt son absence : on ne connaissait chez Néandertal ni peinture, ni parure, ni instrument de musique, alors que les nouveaux venus en laissaient partout. Cette troisième série était la plus faible en logique — elle raisonnait sur ce qu'on n'avait pas trouvé — et c'est pourtant elle qui portait le plus, parce qu'elle donnait à la disparition l'allure d'une conséquence méritée.
Les fouilles de la fin du vingtième siècle ont défait cette troisième série pièce à pièce. On a trouvé dans des couches néandertaliennes des coquillages percés et colorés, des blocs d'ocre usés comme des crayons, des plumes de rapace prélevées d'une manière qui n'a aucun usage alimentaire, et des foyers aménagés au fond de grottes. L'infériorité supposée s'est dissoute, et avec elle la raison qu'on croyait avoir de les tenir pour condamnés. En deux mille dix, l'analyse du génome néandertalien, menée par l'équipe de Svante Pääbo, a produit un résultat que personne n'attendait : tous les êtres humains dont les ancêtres ont quitté l'Afrique portent aujourd'hui une petite fraction d'ADN néandertalien. Les deux populations ne se sont donc pas seulement croisées, elles se sont mêlées, et Néandertal n'a pas entièrement disparu puisqu'il subsiste dans nos génomes. L'explication de la disparition a changé de nature : plutôt qu'une extermination, une absorption.
Cette lecture apaisée est à son tour discutée, et sur la preuve même qui l'a rendue possible. Une fraction de quelques pour cent est compatible avec des rencontres rares, espacées, sans rien qui ressemble à une fusion de deux peuples ; le chiffre dit qu'il y a eu des enfants, il ne dit pas qu'il y a eu paix. Les datations refaites ont par ailleurs allongé le recouvrement entre les deux populations jusqu'à plusieurs milliers d'années, ce qui ruine aussi bien la conquête éclair que l'absorption rapide : pendant tout ce temps, les deux humanités ont surtout vécu côte à côte sans que rien de décisif ne se produise. L'explication qui gagne aujourd'hui du terrain n'est ni guerrière ni généreuse, et elle n'accorde de rôle particulier à personne : les groupes néandertaliens étaient peu nombreux et très dispersés, comme le montre le peu de diversité de leur génome, et une population ainsi fragmentée s'éteint d'elle-même au bout d'un temps, sans qu'aucun événement ne l'ait tuée. Demander qui a fait disparaître Néandertal, c'est peut-être chercher un coupable là où il n'y a qu'une arithmétique.
Questions
Relire le texte, le doigt sur les phrases
Les six questions sont faites. Relisez maintenant avec le doigt : chaque réponse a sa phrase dans le texte.
Exercices
Exercice 1
D'après le premier paragraphe, qu'est-ce qui a d'abord rendu convaincante l'explication par l'élimination ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (3) La proximité entre la date de disparition de Néandertal et celle de l'arrivée de notre espèce en Europe
Corrigé :
Option 1 — Aucune arme n'est mentionnée nulle part dans le texte. L'option prolonge l'idée d'élimination au lieu de la lire.
Option 2 — Le génome intervient au troisième paragraphe et sert la thèse inverse. L'option est vraie dans le texte, fausse dans le paragraphe demandé.
Option 3 — Le paragraphe le dit en toutes lettres : « une coïncidence aussi nette a longtemps suffi ». C'est la succession des deux dates, et rien d'autre, qui a fondé l'explication.
Option 4 — Les deux cent mille ans plantent le décor ; ils rendent la disparition étonnante, ils n'expliquent pas qu'on l'ait attribuée à nos ancêtres.
Exercice 2
D'après le deuxième paragraphe, pourquoi la troisième série d'arguments est-elle qualifiée de « la plus faible en logique » ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) Parce qu'elle tirait une conclusion de ce que l'on n'avait pas trouvé
Corrigé :
Option 1 — La rareté n'est pas en cause : le texte parle d'objets absents, pas d'objets rares. La nuance est exactement celle que la question teste.
Option 2 — Aucune comparaison entre régions n'apparaît dans ce paragraphe.
Option 3 — Les trois séries vont dans le même sens ; aucune contradiction n'est signalée entre elles.
Option 4 — Le texte le formule aussitôt : « elle raisonnait sur ce qu'on n'avait pas trouvé ». Une absence de preuve n'est pas une preuve d'absence, et la suite du texte le confirmera en trouvant les objets manquants.
Exercice 3
D'après le texte, laquelle des affirmations suivantes est vraie à la fois pour les coquillages percés et pour la fraction d'ADN néandertalien présente chez l'homme actuel ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Les deux ont servi, dans le troisième paragraphe, à défaire l'explication par l'élimination
Corrigé :
Option 1 — Les coquillages retirent la raison qu'on croyait avoir de les tenir pour condamnés ; l'ADN montre qu'ils n'ont pas entièrement disparu. Deux preuves de nature très différente, un seul et même effet sur l'argument — c'est ce que la question demande de voir.
Option 2 — Pääbo est nommé pour le génome seulement ; les objets viennent des fouilles.
Option 3 — C'est le recouvrement allongé par les datations refaites, au dernier paragraphe. Ni les coquillages ni l'ADN ne le montrent.
Option 4 — Le dernier paragraphe rediscute la portée de l'ADN, mais ne revient jamais sur les objets de parure.
Exercice 4
« Cette lecture apaisée » (dernier paragraphe), c'est-à-dire la lecture selon laquelle ...
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Réponse : (2) Néandertal a été absorbé par mélange plutôt qu'éliminé
Corrigé :
Option 1 — La question des outils est un élément du renversement, pas la lecture elle-même : le texte qualifie d'« apaisée » une explication de la disparition.
Option 2 — Le démonstratif reprend la phrase qui clôt le paragraphe précédent : « plutôt qu'une extermination, une absorption ». C'est cette explication-là que le dernier paragraphe va discuter, et « apaisée » la décrit exactement.
Option 3 — C'est ce que le paragraphe proposera à la fin, et rien n'y est apaisé : cette explication n'accorde de rôle à personne.
Option 4 — C'est l'explication du premier paragraphe, celle que le troisième a défaite.
Exercice 5
D'après le dernier paragraphe, que montrent les datations refaites ?
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Réponse : (3) Que les deux populations ont coexisté pendant des milliers d'années, ce qui contredit toute explication rapide
Corrigé :
Option 1 — Le texte parle d'un recouvrement allongé, donc d'une présence prolongée, pas d'une disparition avancée.
Option 2 — Le texte ne redate pas l'arrivée : il redate le recouvrement, ce qui n'est pas la même opération.
Option 3 — La phrase le dit et en tire aussitôt la conséquence : « ce qui ruine aussi bien la conquête éclair que l'absorption rapide ». Le fait vaut ici contre les deux explications à la fois, et c'est ce qui en fait un tournant.
Option 4 — Rien de tel n'est affirmé, et cela irait contre le sens du paragraphe.
Exercice 6
D'après le dernier paragraphe, en quoi l'explication qui gagne du terrain diffère-t-elle des deux précédentes ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (4) Elle attribue la disparition à une cause qui ne suppose l'action d'aucune des deux populations
Corrigé :
Option 1 — Les datations ont justement été refaites, et elles ruinent l'explication par l'élimination.
Option 2 — La concurrence appartient à la première explication, que ce paragraphe ne rétablit pas.
Option 3 — Le troisième paragraphe le dit d'une certaine façon, à propos du génome, mais ce n'est pas l'explication qui gagne du terrain ici.
Option 4 — Le texte insiste : elle « n'est ni guerrière ni généreuse » et « n'accorde de rôle particulier à personne ». Des groupes trop petits et trop dispersés s'éteignent seuls — la cause est démographique, et c'est ce qui la distingue des deux autres, qui reposaient l'une et l'autre sur une rencontre.
Exercice 7
Associez chaque explication de la disparition à ce qu'elle suppose.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : L'élimination — Notre espèce a supplanté Néandertal en quelques siècles · L'absorption — Les deux populations se sont mêlées · L'extinction d'elle-même — Des groupes peu nombreux et très dispersés
Corrigé :
Premier paragraphe : éliminés « par les armes ou par la concurrence » en quelques siècles ; troisième : « elles se sont mêlées » ; dernier : des groupes « peu nombreux et très dispersés ».
Le piège : la troisième explication ne suppose l'action de personne. Lui associer un geste de l'une des deux populations la ramène aux deux premières.
Exercice 8
D'après le dernier paragraphe, la fraction d'ADN néandertalien que nous portons prouve que les deux populations ont vécu en paix.
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Faux
Corrigé :
« le chiffre dit qu'il y a eu des enfants, il ne dit pas qu'il y a eu paix ».
Faux. C'est la phrase même que le paragraphe réfute : le mélange n'est pas une fusion paisible.
Exercice 9
D'après le troisième paragraphe, rangez chaque phrase : le texte la dit-il ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : Des blocs d'ocre ont été usés comme des crayons — Le texte le dit · Des plumes de rapace ont été prélevées sans but alimentaire — Le texte le dit · Les humains dont les ancêtres ont quitté l'Afrique portent un peu d'ADN néandertalien — Le texte le dit · Néandertal fabriquait des aiguilles à chas — Il ne le dit pas · Néandertal a entièrement disparu — Il ne le dit pas · Pääbo a lui-même fouillé des grottes néandertaliennes — Il ne le dit pas
Corrigé :
Ocre, plumes, ADN : le paragraphe les rapporte.
Les aiguilles à chas sont l'outillage des nouveaux venus (deuxième paragraphe) ; Néandertal « n'a pas entièrement disparu » ; Pääbo analyse le génome, il ne fouille pas.
Le piège : les aiguilles à chas. Le mot est dans le texte, mais dans l'autre camp.
Exercice 10
D'après le deuxième paragraphe, pourquoi la troisième série d'arguments « portait le plus » ?
Voir la réponse et le corrigé
Réponse : (1) Parce qu'elle donnait à la disparition l'allure d'une conséquence méritée
Corrigé :
Option 1 — Le texte le dit après « parce que » : « elle donnait à la disparition l'allure d'une conséquence méritée ».
Option 2 — Elle reposait sur une absence : ce qu'on n'avait pas trouvé.
Option 3 — Le texte dit l'inverse : « la plus faible en logique ».
Option 4 — Les datations sont la première série, pas la troisième.
Le piège : une série peut convaincre sans être solide. Le texte sépare ces deux choses par « pourtant ».